Le mois dernier, nous avons rencontré Michael et David Champion, duo de Champs, dont le premier album Down Like Gold paraîtra le 24 mars prochain. Les frangins nous ont d’abord offert une magnifique session acoustique dans la quiétude d’un hotel parisien. Ensuite, c’est autour d’un verre qu’ils nous ont parlé de leur jeunesse et de leur intimité artistique avec la (trop) calme île de Wight ainsi que de leur premiers pas musicaux hasardeux.



Vous avez enregistré votre album au studio Humbug, dans les murs d’Osborne House, résidence estivale de la famille royale britannique. Comment vous décririez cet endroit et l’ambiance qui y règne ?

Michael: La reine Victoria avait un immense manoir à l’architecture autrichienne sur l’île de Wight. Il y a un château d’eau sur le terrain, dans lequel a été construit ce studio. Il  y a une atmosphère très fantasmagorique, un peu hantée. Il y a pas mal de sons sur l’album dont on ignore la provenance.  En écoutant les enregistrements, on s’est aperçus de la présence de certains sons, et on s’est retrouvés à se demander mutuellement : « c’est toi qui as fait ça ?». Ca donnait vraiment l’impression que des fantômes déplaçaient des objets !

A quoi fait référence le boxeur sur la pochette de votre album ?

Michael : C’est un bon ami à nous, un super artiste qui est aussi DJ, qui a réalisé l’artwork. Un jour, on était venu chez lui pour discuter du visuel de notre album. Quand on a découvert ce dessin, on lui a tout de suite demandé : « c’est qui ? c’est génial ! ». C’était son grand père, qui était boxeur et faisait partie de la marine royale.  Il avait pas mal de versions alternatives avec différentes  couleurs.
David : Ca tombait bien, puisque nous aussi, on a la boxe en héritage. Notre oncle était boxeur. Contrairement à ce qu’on pourrait penser ce n’est pas un sport violent, c’est plutôt une forme d’art puissant et élégant. 
Michael : La boxe, ça demande du courage et de la grâce,  un peu comme la danse. Il n’y a pas de connotation violente. On adorerait faire un concert sur un ring de boxe. Il y a un club de boxe sur l’Île de Wight. On aimerait beaucoup jouer au milieu et que l’on puisse tourner autour.

Quand vous étiez enfants, vous avez appris à jouer d’un instrument?

Michael: Je faisais de la flûte à bec, mais je jouais vraiment comme une merde, j’étais très mauvais. D’ailleurs, j’en ai joué à l’école et à l’époque mon professeur avait dit : « définitivement, il n’est pas fait pour la musique. »
David : Moi aussi, j’ai étudié la musique à l’école et on m’a dit que j’étais nul.
Michael : Alors là, la sortie de notre album, c’est un peu un doigt d’honneur à nos professeurs ! Un peu plus tard, à l’âge de 16 ans, j’ai commencé à jouer de la guitare. Je m’étais fait tabasser et je me sentais un peu faible. Un ami à moi est venu avec une guitare en me disant : « tu devrais apprendre ça, pour t’éviter de repenser à ton agression ». Ca a bien marché et j’ai commencé à m’intéresser à la guitare et à écouter Bob Dylan, Donovan et Léonard Cohen et à piocher dans ces styles.

C’est par la suite que vous avez commencé à jouer ensemble ?

David : Oui. On a tous les deux pris quelques leçons avec un type du coin. Il jouait des morceaux géniaux de guitare folk donc on a commencé l’apprentissage de la guitare avec la musique folk. La plupart des gosses ont envie de jouer du gros rock, avec des power chords. Mais c’était chouette à cet âge-là de découvrir ce type de musique. En fait, on a grandi en jouant ensemble dans la même maison, mais on a jamais planifié de monter un groupe. C’est arrivé comme ça.

« On ne voulait pas faire chier Neil Young. Personne n’a envie de faire chier Neil Young!« 


Avant Champs, vous avez joué tous les deux dans un groupe qui s’appelle The Shutes. Pourquoi recréer un nouveau groupe avec Champs ?

Michael : On a joué sous le nom de The Shutes pendant cinq ans. On en est arrivés à un point où on n’avait plus envie de se restreindre à de la guitare indie rock. On voulait s’orienter vers un style plus acoustique, avec des chœurs…  Du coup, j’ai commencé Champs en side project, et puis quand on a été contactés par le label,  j’ai décidé de concentrer toute mon attention sur ce groupe et j’ai commencé à m’y consacrer à plein temps. 

Et avant The Shutes, vous avez tous les deux joué dans des groupes différents. Qu’est-ce que ces expériences personnelles vous ont permis d’apporter au son de Champs ?

David : Le groupe dans lequel je jouais n’était pas un projet très sérieux, on a fait quelques concerts mais  c’était plus un truc entre moi et mes potes pour déconner. J’ai rejoint The Shutes après ça, c’était un projet plus sérieux.
Michael : Ces expériences nous ont permis de monter sur scène et de jouer en live, c’était assez sympa. On  fait ca depuis pas mal de temps maintenant, on a pas mal tourné en Europe, on a fait quelques interviews… Tout est arrivé petit à petit, on ne s’est pas trouvés du jour au lendemain à devoir faire face à un truc énorme. 

Quels sont les thèmes qui hantent vos textes ?

Michael : On essaie de ne pas être trop précis et on ne délivre jamais de message politique. Si les mots coulent bien, tu peux être métaphorique.
David : On essaie de créer une imagerie plutôt que de définir un sujet en particulier. On exprime des sentiments et des émotions plus que de se focaliser sur un point de vue.  
Michael : On reste un peu vague et les gens peuvent en tirer leur propre interprétation. Je préfère ça plutôt que de dire aux gens quoi penser.



Qui est Savannah ?

Michael : C’est une copine à nous qui vit à Paris, mais cette chanson ne parle pas d’elle ! En fait, je chantais Susannah, et j’ai réalisé qu’il y avait déjà une chanson de Neil Young qui portait ce nom et au long de laquelle il chante ce prénom à plusieurs reprises, et on n’a pas voulu utiliser le même nom, car on ne voulait pas faire chier Neil Young. Personne n’a envie de faire chier Niel Young ! Donc on a changé pour  Savannah, car ce sont les mêmes syllabes, et ça collait bien. Ouais… Je ne sais pas si elle ne reste pas persuadée que ce morceau parle d’elle. Ca sera embarrassant la prochaine fois qu’on la reverra !

Sur l’île de Wight, où vous vivez, les paysages sont très verts et très vaste, l’air est pur et frais. Comment cette atmosphère vous inspire-t-elle ?

David : On vit dans un minuscule village, très isolé, pas mal éloigné de la ville. Je pense qu’avoir grandi là nous a appris à développer notre créativité dans l’isolement.  On a pu s’imprégner du  froid et des changements de saisons. Lorsque tu vis au milieu de la nature, tu  ressens le changement des saisons plus  intensément que si tu es en ville. 
Michael : Oui, ça a influencé l’album, définitivement. J’écris la plupart de mes morceaux en automne. Ces couleurs et cette paix m’inspirent.

Quels sont vos lieux de prédilection sur l’île de Wight, ceux que vous recommanderiez à des amateurs de rock en visite ?

Michael : Il y a une ville qui s’appelle Ventnor, où l’on passe la plupart de notre temps, et où se situe un merveilleux petit restaurant qui s’appelle Tramezzini et qui fait un excellent café et une cuisine maison. Je le recommande. Et, plus à l’ouest, il y a le Dimbola Lodge, où vivait la célèbre photographe Julia Margaret Cameron. Les Beatles et Jimi Hendrix y sont allés lors de leur venue au Festival de l’Ile de Wight. C’est une immense galerie de photos, dans un coin superbe de l’ile. Il y a aussi le Blackgang China, le plus vieux parc d’attraction de l’île, c’est un parc victorien. C’est un endroit qui donne vraiment des frissons !
David : Par contre, il n’y a pas de salle de concert sur l’île. Avant il y en avait une qui était géniale, le Ryde Theater, c’était un peu comme une Brixton Academy miniature. Mais il a fermé (en 2010, ndlr). Il y a quelques groupes sur l’île, mais on ne peut pas réellement parler d’une scène spécifique de l’ile de Wight, ce qui est dommage. Avec  un peu d’espoir un nouveau lieu de concert reviendra bientôt et les amateurs de musique pourront enfin  voir des live à nouveau. Aujourd’hui, si tu veux voir un concert, tu es obligé de quitter l’île, ce qui n’est pas terrible. Mais d’un autre côté, c’est un bon endroit pour s’isoler et même si tu ne peux pas écouter la musique des autres tu peux mieux te concentrer sur ton art plutôt que de te laisser influencer par les autres. Et puis il y a quand même chaque année le Ventnor Fringe Festival qui se déroule sur l’île. On y a joué lors de chaque édition jusqu’ici.

Propos recueillis par Aurélie Tournois // Photos: Emmanuel Gond // Session filmée par Ulysse Thevenon et Emmanuel Gond
 
 

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