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Quelques heures avant leur passage au Trabendo ce 2 novembre 2016, on a rencontré les deux gars de Slaves dans leur loge pour leur poser plein de questions. Isaac (batterie/chant) et Laurie (guitare/basse/chant) ont des airs de punks revenus de tout mais dégagent quelque chose de très positif et se prêtent volontiers à la discussion. Comme souvent, on commence par leur demander cinq morceaux pour la petite playlist qui se trouve à la fin de cette interview. Isaac consulte son téléphone et donne quelques noms à son acolyte qui écrit, en lui posant des questions sur les groupes qu’il ne semble pas tous connaître. Isaac les lui fait rapidement écouter sur son téléphone.

La première fois qu’on a entendu parler de vous, c’était lors d’une interview avec Baxter Dury en 2015. Quand on lui a demandé cinq titres, justement, il a choisi Slaves et nous a fortement recommandé d’écouter. 

Isaac : Ah ouais ? Quelle chanson il avait choisie ?

Il nous avait donné cinq groupes, mais voulait qu’on choisisse nous-mêmes les morceaux…

Isaac : Ok ! C’est cool.

Comment est-ce qu’il s’est retrouvé sur un titre de votre nouveau disque ? 

Isaac : On est devenus potes avec lui parce qu’il a parlé de nous dans une émission de radio en Angleterre. Ensuite, je ne me souviens plus comment on s’est retrouvés à discuter avec lui mais Laurie avait son numéro, on était en studio et on lui a proposé de venir. Il a dit : « Ouais » et… Voilà, on a juste fait ce morceau.

Qu’est-ce qu’il y a de similaire entre sa musique et la vôtre, selon vous ?

Laurie : C’est l’aspect « parlé » (spoken word), je pense. Il a pas mal de lignes de basse ou de guitare mélodiques et je pense que ça ressemble à ce qu’on fait. Souvent les parties de guitare sont assez catchy et les parties vocales assez brutes… La façon dont il utilise ses mots, ça a été une influence pour nous.

Slaves est un projet assez difficile à définir. Est-ce que vous êtes un groupe pop qui est plus agressif que les autres, ou un groupe garage/punk qui est plus pop que les autres ?

Laurie : À ton avis ?

Je ne sais pas !

Laurie : Je ne sais pas non plus. Je ne pense pas qu’on soit l’un ou l’autre. Je pense qu’on est une sorte de mélange de punk/hardcore/indie/garage/rock. On n’a pas peur d’être quoi que ce soit. Whatever!

On ne vous voit pas, par exemple, dans un festival à l’affiche punk ou d’un genre spécifique.

Laurie : Non. On essaie de faire notre truc à nous. J’ai l’impression que si tu fais des festivals punk ça veut dire que les autres festivals ne veulent pas de toi, que tu es un « groupe punk ». On n’a rien contre les festivals punk, mais on veut être capable de faire de tout. On ne ferait pas un festival exclusivement pop, alors je suppose qu’on ne ferait pas un festival exclusivement punk.

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Parlons du nouvel album. L’artwork a été fait par toi (Laurie) il me semble. Est-ce qu’il a été réalisé spécifiquement pour le disque ou c’était un tableau qui collait bien?

Laurie : Ouais… C’est juste que je peins tout le temps. C’est le hobby qui me permet de garder la tête sur les épaules. C’est un de mes anciens tableaux sur lequel quelqu’un a juste posé le logo. On a trouvé que c’était cool.

En quoi est-ce que cette image colle à la musique, selon vous ? 

Laurie : C’est le label qui a choisi cette image et nous a proposé l’idée. Et on a dit : « C’est cool ». J’aime le fait qu’il y ait ces couleurs vives et cette agressivité mélangées aux détails plus féminins du visage. Il y a cette interrogation constante : est-ce qu’elle a l’air sinistre ou pas ? Est-ce que c’est quelqu’un qui a froid, ou est-ce que c’est autre chose ? Il y a toujours deux idées différentes.

L’album a été produit par Mike D (des Beastie Boys) et vous avez récemment fait une cover de « Shut Down » de Skepta. À quel moment est-ce que vous vous êtes dits que votre musique était proche du hip hop ? 

Laurie : Isaac faisait du rap avant. Et c’est juste qu’on écoute beaucoup de hip hop. On ressort des éléments de tout ce qui nous influence. Très vite, on s’est rendu compte que si on prenait notre musique et qu’on gardait les paroles mais qu’on remplaçait les instruments par un beat, ça marchait. Je pense que c’est parce qu’on aime tout les deux cette musique et que ça nous influence.

C’était moins évident avec le premier disque (Are You Satisfied?) …

Laurie : Ouais ! Je crois qu’on voulait s’affirmer avec ce disque, avant de commencer à trop expérimenter.

Isaac, tu as une façon assez spécifique de jouer de la batterie, debout derrière les fûts. Comment tu t’es retrouvé à jouer comme ça ? 

Isaac : Personne ne voulait jouer de la batterie dans notre groupe. On avait besoin d’un beat pour jouer, alors j’ai juste commencé à frapper sur deux toms, et puis je me suis retrouvé à jouer comme ça. Je suis incapable de jouer sur une vraie batterie.

Tu n’as jamais pris de cours ?

Isaac : Non… Jamais. Héhé.

L’an dernier, sur Dancing Feet, on a fait un « Top Albums » de 2015, et vous vous êtes retrouvés en tête de notre classement…

Laurie : Numéro 1 ?

Ouais ! 

Laurie : L’album « Are You Satisfied? » ?

Oui. On a adoré ce disque.

Laurie : Merci ! Merci, mec. Est-ce qu’on va gagner l’année suivante ?

Je ne sais pas encore ! Vous serez certainement bien placés. On avait choisi « Are You Satisfied? » parce qu’on a trouvé que l’album était vraiment en phase avec l’état actuel des choses. Souvent, j’ai l’impression qu’un disque pourrait avoir été écrit à une autre époque, que le texte n’est pas lié à ce qui se passe aujourd’hui. Pourquoi est-ce qu’autant de musiciens écrivent des choses qui ne sont pas connectées à leur époque selon vous ? 

Laurie : Parce que c’est plus simple. Je crois que si tu ne prends aucun parti et que tu écris sur l’amour, ou sur quelque chose de générique, c’est juste plus simple. Parce que tu peux sortir ça, et personne ne va le remettre en question ou te demander si tu es authentique, il suffit que ça rentre dans la tête, il y a moins de pression. Nous, on écrit de la musique pour le plaisir, pas pour avoir du succès. Je pense que c’est plus dur d’être simplement honnêtes.

J’ai lu que vous trouviez qu’il y a trop de chansons d’amour à la radio. Est-ce que vous écrirez une chanson d’amour un jour ?

Laurie : Probablement, ouais. On a écrit des chansons d’amour par le passé. C’est juste que je les trouve beaucoup trop génériques. J’ai l’impression qu’elles ne sont pas authentiques. Je crois qu’une chanson doit te faire quelque chose ou te dire quelque chose. Il devrait y avoir plus de diversité. Il faut qu’il y ait des chansons d’amour, mais il faut qu’il y ait plus d’autres chansons aussi. Quelque chose qui fasse réfléchir plutôt que donner envie d’éteindre la radio.

Une chanson d’amour par Slaves, ça sonnerait comment ? 

Laurie : Un truc hystérique, probablement.

Vous avez joué à l’after du Sziget cet été, à Budapest…

Laurie : Ouais ! Avec Foals ! Foals sont géniaux, c’est l’un de mes groupes préférés sur scène. C’était très surréaliste de jouer avec eux. On est jamais allés au Sziget, mais ça a l’air incroyable. Ça dure une semaine non ? On n’a pas vraiment eu le temps de voir Budapest, mais on y avait été pour jouer sur un bateau une fois… C’était un endroit cool.

Dernière chose, vous aviez sorti une version « deluxe » du précédent album, est-ce qu’on peut attendre quelques titres « bonus » pour celui-ci ?

Laurie : Non.

Isaac : Non. (rires)

Laurie : Je crois qu’il y a encore une B-side qui va sortir avec un single et c’est tout. Je ne sais pas ce qui va se passer après. On avait pensé sortir d’autres trucs plus hip hop, peut être un EP bizarre ou quelque chose… Mais je ne suis pas fan du concept de version deluxe, on dirait juste que la maison de disque essaie de prendre de l’argent en plus aux fans. Et je n’aime pas trop cette idée !

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LA PLAYLIST DE SLAVES

LIFE – Rare Boots
KATE TEMPEST – Don’t Fall In
SUICIDE – Dream Baby Dream
THE CRAMPS – Nest Of A Cuckoo Bird
BUSH TETRAS – Snakes Crawl

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Propos recueillis et photos par Jacques de Rougé

 

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