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Cet été, on a décidé d’aller faire un petit tour de l’autre côté des Pyrénées pour découvrir l’Arenal Sound Festival, à Burriana, près de Valence. Très prisé de la jeunesse espagnole – en grande partie pour son coût plus que minime (35 euros en early bird pour quatre jours de concerts), il nous a attirés par son aspect paradisiaque : un festival situé au bord de la mer où tout le monde se balade en maillot de bain H24, des palmiers partout sur la plage, une piscine où se déhancher devant des dj set et une température avoisinant les 40 degrés. L’affiche est nettement moins impressionnante que certains de ses voisins comme Benicassim ou Primavera, mais cette édition proposant au moins un de nos groupes préférés par jour, on a hésité un quart de seconde, puis on a sauté dans l’avion pour l’Espagne.

Autant vous prévenir tout de suite : l’Arenal Sound n’est pas un rendez-vous international et le trajet jusqu’au festival n’est pas toujours évident. Après un avion Paris-Valence, nous voilà dans un train Valence-Barcelone, dont on descend un peu au hasard dans une petite gare en suivant les gens avec un gros sac et une tente sur le dos. Rien n’est indiqué, mais on comprend qu’un bus va s’arrêter pas loin et passera par l’entrée du festival. Une trentaine de minutes sous le cagnard, et nous voilà repartis. La ville de Burriana que nous traversons n’a pas vraiment d’intérêt, mais ça sent quand même déjà un peu les vacances. Nous voilà enfin devant l’entrée de l’un des deux gigantesques campings, d’où l’on devra encore marcher un bon kilomètre pour trouver un emplacement disponible où planter notre campement. Pas facile de se faire comprendre : on ne bafouille pas un mot d’espagnol, et ici, peu de gens parlent anglais. Malgré tout, nos interlocuteurs se plient en quatre pour essayer de nous aider, et ce toujours avec le sourire !

Dans le camping, et plus généralement dans l’ensemble du festival, la moyenne d’âge est d’environ 20 ans. On se sent un peu vieux !  L’ambiance est à la fête permanente (plutôt bien alcoolisée), et à peine installés, nos voisins de tente nous invitent à une partie de UNO à boire, où le perdant avalera un mélange de vodka, Fanta et Coca (au secours). Comme on est très bien élevés, on accepte de faire quelques parties. C’est le début de l’après-midi et tout le monde est déjà fin saoul. Le prix des bouteilles de 75cl de tequila vendues un peu plus loin (soda et gobelets compris) y est sans doute pour quelque chose. Il faut dire qu’il fait grand soif, vu la chaleur insoutenable. D’ailleurs, on prendrait bien une petite douche avant que le soleil ne se couche. Surprise ! Ici, on se lave au milieu de tout le monde, à l’eau glacée, les pieds dans la boue, et en maillot de bain (ou pas, c’est vous qui voyez). Les concert ne commencent que demain, on tente de se coucher « tôt » pour être en forme le lendemain. Les stands de pizzas et de burgers du camping diffusent une musique kitch et hurlante en espagnol auto-tuné jusqu’au milieu de la nuit, et évidemment, on est dans le sud de l’Europe et personne ne va jamais se coucher. On fera avec !

JEUDI 

La journée, on va chercher la brise sur la plage, où la mer est beaucoup trop chaude mais très agréable quand même. Le festival est divisé en deux zones, dont une plus axée electro le long de la plage. C’est là que se trouve la fameuse piscine, dans laquelle il ne faut pas être trop regardant avec l’hygiène. Pas mal de trucs non identifiés flottent un peu partout… Pris par l’ambiance, on s’en fout pas mal et on danse sur des remixes de Yeah Yeah Yeahs, Foals et Crystal Fighters en s’éclaboussant comme des gamins entre deux circle pits (pourquoi pas).

Arenal Sound

Il faut beaucoup marcher entre les différentes zones du site, mais on traverse toutes sortes d’installations intéressantes. La jetée devant la plage ressemble à un parc d’attraction géant. Partout, on trouve de l’alcool pour trois fois rien, des contrefaçons vendues à même le sol, des bars éphémères qui diffusent tous une musique assourdissante pour essayer d’attirer plus de gens que leurs voisins (merci la cacophonie). On arrive dans l’autre partie « concert », ou se produiront les têtes d’affiches. Malgré le monde impressionnant, l’organisation est au top et on se sent comme à la maison entre les scènes, les stands, les zones « chill » et l’espace presse. Espace qui deviendra vite notre Q.G. et qui distribue des Red Bull aux pauvres journalistes qui vont devoir tenir toute la nuit. Oui, car contrairement à nos festivals hexagonaux, les groupes et Djs vont jouer jusqu’à… 7h du matin. On ne tiendra pas jusqu’au bout, mais le bruit, lui, nous tiendra éveillés aussi longtemps que la fête durera, notre tente étant judicieusement placée à quelques dizaines de mètres de la scène principale.

Les premiers groupes de la soirée sont généralement locaux et rappellent la période des clones de Mano Negra et Ska-P, plus du tout à la mode chez nous mais qui semblent cartonner auprès de la jeunesse espagnole. On n’est pas à fond, mais c’est un bon moyen de commencer la nuit. Les Dublinois de All Tvvins sont notre première découverte coup de cœur, puis les très attendus Crystal Fighters débarquent sur la grande scène vers une heure du matin. Superstar dans ce pays, le groupe se donne à 200% et tout le monde connait les morceaux sur le bout des doigts. Parfait ! La fête semble commencer réellement à ce moment là. Partout, des vendeurs de bières ambulants se frayent des passages dans la masse, transportant leurs pompes sur le dos. La scène est superbement décorée, avec de romantiques feuillages partout au sol et enroulés autour des micros, et la setlist est celle dont les fans que nous sommes rêvent depuis toujours. Ce concert valait à lui tout seul le coup du voyage !

Crystal Fighters à l'Arenal Sound Festival 2016 Crystal Fighters à l'Arenal Sound Festival 2016 Crystal Fighters à l'Arenal Sound Festival 2016 Crystal Fighters à l'Arenal Sound Festival 2016

On ira ensuite se déhancher sur le set de Vitalic, seul artiste français programmé. Surprise : au premier rang, on aperçoit un drapeau bleu blanc rouge dans les mains d’un spectateur. Difficile d’engager la conversation avec le volume sonore assourdissant, mais le type m’explique grosso modo qu’il vient tous les ans au festival, ayant une maison de famille dans la région. C’est le seul français qu’on croisera en 5 jours, sur 55 000 festivaliers.

VENDREDI

La matinée est une occasion de fouiller un peu Burriana pour y trouver un peu de calme. Après une bonne marche, on y trouvera une pâtisserie silencieuse et climatisée (l’équivalent d’une oasis dans le désert), parfaite pour reprendre des forces, et plusieurs petits restos très sympa qui sont durs à trouver mais valent le coup. Après une après midi « plage-piscine-bières à 1€ sous le soleil » qui deviendra notre routine quotidienne (la vie est dure), on retrouve avec plaisir Kaiser Chiefs, programmés à 22h (autant dire en fin d’après-midi) et dont le chanteur semble avoir perdu un peu de son énergie hyperactive. Il reste quand même un cran au dessus de la moyenne et les tubes du groupe collent bien à l’ambiance décontractée du lieu. Ruby Ruby Ruby Ruby !

Kaiser Chiefs Arenal Sound Festival 2016

Le set hyper dansant de Crystal Castles prolonge l’ambiance jusqu’à 3h30, puis les excellents Australiens de Miami Horror nous électrisent avec une synthpop parfaite. Les groupes étrangers qui ne sont pas des grosses têtes d’affiche semblent connus d’une poignée de personnes à peine, mais les festivaliers sont curieux et dansent facilement même devant un artiste qu’ils découvrent. La fête ne s’arrête vraiment jamais ! Mais il est bientôt 5 heures, et on entendra tout aussi bien le DJ set de Borgore de notre tente (hélas).

SAMEDI

La bonne nouvelle, dans cette zone géographique, c’est que la météo semble dépourvue de surprise. Du moins, cette année. On apprend que l’année précédente, les Hives avaient annulé leur concert à cause d’une tempête… Dur d’imaginer ça sous un ciel immaculé et un soleil de plomb constant depuis notre arrivée. On doit avoir de la chance. L’autre bonne nouvelle, c’est que les Suédois jouent demain soir pour prendre leur revanche face à dame nature. On a hâte ! Notre premier moment fort du soir sera le concert de leur compatriotes I’m From Barcelona, toujours aussi géniaux. Pas moins de 13 sur scène, ils nous envoient leur amour plein les oreilles. On revisite avec eux la choré de YMCA pour Tree house avant de sauter sous les confettis pour un final hyper-intense. Dans le public, entre chaque morceau, on entend hurler « We’re From Barcelona ! ».

I'm From Barcelona Arenal Sound 2016 I'm From Barcelona Arenal Sound 2016 I'm From Barcelona Arenal Sound 2016

Cette soirée signe également le grand retour de Two Door Cinema Club, qui semblent avoir encore plus de succès ici que chez nous. On découvre en avant-première les nouveaux morceaux qui sortiront sur leur nouvel album Gameshow quelques mois plus tard. Leur set se termine en apothéose sur What You Know avec un grand feu d’artifice épique illuminant l’ensemble du festival. On décide d’aller fêter ça en terminant la soirée avec quelques « cubalitro », comprenez 75cl de bière, servis dans un gobelet en plastique mou tellement large qu’il est impossible de le tenir avec une seule main.

two door cinema club Arenal 2016 Fireworks Arenal 2016

DIMANCHE

Le dernier jour arrive bien trop vite. Mais pour se consoler, la petite surprise du jour est le #ClandestineSound qui a lieu à coté de la plage l’après-midi en plus de la programmation officielle, avec en tête d’affiche un dj set de Pendulum, et pour la modique somme de 3€ ou l’achat de deux canettes de Red Bull. L’événement est évidement destiné à la promo de la boisson qui donne des ailes, mais on se plaindra de l’aspect marketing de la chose une autre fois, trop excités à l’idée de ré-entendre les tubes de ces légendes Drum And Bass qu’on a tant écoutées entre 2005 et 2010.

L’ambiance ressemble à une grosse fête de film américain. Ceux qui ne sont pas dans la piscine ou les pieds dans les vagues un peu plus loin sont arrosés copieusement d’eau par le staff à l’aide de tuyaux géants montés sur des tourelles. Cette pluie artificielle rend les gens (déjà bien alcoolisés) complètement fous, des filles motivées font tourner leur haut de maillot de bain en l’air ou montent carrément sur les piliers géants pour se faire arroser devant tout le monde en dansant façon strip-club sur le son assourdissant de grosse techno mainstream des premiers djs. Il est 14h et tout le monde semble trouver cette ambiance normale… On fait comme si nous aussi.

Les Australiens de Pendulum terminent cet improbable before avec quelques-uns de leurs singles mélangés à une soupe techno pour faire danser les vacanciers. La majorité des morceaux qui plaisent à la jeunesse espagnole sont basés sur des rythmes d’Amérique latine, des paroles avec 3 mots de vocabulaire, une voix auto-tunée et des grosses basses façon musique de tuning. Il nous arrive de nous plaindre de l’élitisme pompeux des Français en matière de musique électronique, mais ce genre de démonstration de mauvais goût nous fait regretter un petit peu nos festivals hexagonaux.

Le soir, on se prépare à prendre la foudre The Hives en pleine gueule. Pelle Alqmvist, visiblement fâché avec son coiffeur, secoue sa folle crinière blonde en baragouinant dans un espagnol aussi correct que le nôtre. « WE ARE LOS HIVES ! ». Accompagnés de leur armée de ninjas, ils dégainent direct avec Do You Wanna après une courte intro. Toujours aussi infatigable, le chanteur court partout et provoque le public comme à son habitude. « PORQUE LE SILENCIO? » (hurlement de la foule!). Puis le groupe s’exprime sur la tempête qui les a contraint à annuler l’année passée, et nous explique que « Los Hives » sont invincibles. « FUCK YOU, MOTHER NATURE ! » Tout le monde est complètement déchaîné, nous y compris.

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Le généreux groupe hispanique ultra-festif La Gran Pegatina prendra le relais vers deux heures du matin, avec un des concerts les plus festifs de ces quatre jours. Il y a treize musiciens sur scène et beaucoup de gens sont déguisés de façon absurde dans le public, y compris l’ensemble des photographes devant la scène. Tout le monde connait les morceaux par coeur, en partie parce que le groupe joue à l’Arenal à chaque édition depuis 2011. L’ambiance s’approche de la perfection ! Pendant deux heures non-stop, le groupe mélange ses tubes d’une efficacité immédiate avec des reprises des thèmes connus de tous revisités en version ska/fanfare (Tex Avery, Don’t Let Me Be Missunderstood, I Will Survive…) Ce sera notre plus gros coup de cœur dans les découvertes locales, et une fin parfaite à notre weekend. Allez jeter un coup d’œil à cette vidéo pour un petit aperçu de l’ambiance.

Les basses en provenance de la grande scène feront vibrer nos matelas jusqu’à 6 heures du matin (Steve Aoki, si tu lis ce texte, mes oreilles et moi-même ne te remercions pas), dormir dans une pièce silencieuse va presque être dérangeant après ça… heureusement qu’on enchaîne avec 7 jours au Sziget juste après !

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LES MOINS 

– La moyenne d’âge et le fait que personne ne parle anglais.
– L’accès pas évident sans voiture
– Les goûts douteux des Espagnols en matière de musique électronique
– L’absence d’alternative au camping

LES PLUS

+ Le prix ridiculement bas pour 5 jours
+ Le prix des boissons sur place et autour du festival
+ La plage paradisiaque à quelques minutes à pieds
+ La bonne humeur permanente de tout le monde
+ Les têtes d’affiches ou la qualité prime sur la quantité

BONUS : Les tickets boisson à l’effigie des groupes ! On est fans !

Arenal Sound Two Door Cinema Club Crystal Fighters Kaiser Chiefs The Hives Kodaline 2016

Texte : Aurélie Tournois & Jacques de Rougé
Photos : Jacques de Rougé
www.arenalsound.com

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