C’est après avoir remporté le concours du Talent Emergent de Glastonbury 2015 avec son titre Brazil, à seulement 16 ans, que Declan McKenna publie son premier EP, à peine une année plus tard. Un disque qu’il nommera Stains, en référence à cette banlieue française au nom rigolo jumelée à sa ville d’origine Cheshunt. On a rencontré ce songwriter à fleur de peau, guitariste de formation, fan de foot et à l’adolescence fougueuse et engagée.

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Tu as commencé à composer alors que tu n’avais que 7 ans. Comment t’es venu cet intérêt si précoce pour la musique ?

En fait, mon frère jouait de la guitare, mon père aussi… Je m’y suis toujours intéressé et j’ai toujours adoré la musique. J’avais envie de jouer d’un instrument et j’ai donc décidé de commencer à prendre des leçons de guitare à mon tour.

Quels artistes tu écoutais à l’époque ?

Hem… Je crois que j’écoutais pas mal de pop que ma sœur adorait comme Christina Aguileira ou Westlife. Est-ce que vous aussi vous écoutiez ça ici, ils étaient connus en France ? C’est une sorte de boys band irlandais. Ils étaient vraiment très populaires au Royaume Uni et en Irlande. Mon frère, lui, écoutait les Strokes, et mon père du rock classique. J’écoutais tout ce qu’ils écoutaient !

A part la batterie, c’est toi qui joue l’ensemble des instruments sur tes morceaux. Est-ce que c’est une manière de garder le contrôle sur ton travail ?

Ouais, j’aime mettre autant de créativité que possible dans ce que je fais. Sur Stains, j’ai travaillé avec James Ford, c’est un producteur génial autant qu’un batteur et un claviériste fantastique. J’ai partagé ce rôle de musicien avec lui. Mais c’est vrai que j’aime essayer autant que je peux de jouer différents instruments.

Tu as écrit Brazil pour dénoncer la corruption au sein de la Fifa lors de la Coupe du Monde de football en 2014. Le foot, c’est un sujet important pour toi ?

Ouais j’adore le football ! J’ai beaucoup joué dans une équipe jusqu’à il y a deux ans. Je jouais aussi avec mes frères. C’est un monde que j’apprécie. Ce n’est pas une idée qui m’est venue directement. J’avais vu quelques vidéos et entendu des gens en parler, et je me suis dit que c’était une mauvaise chose, et j’ai eu envie d’écrire une chanson.

Et peux-tu m’en dire plus sur Paracetamol ?

C’est une chanson un peu triste, inspirée par une histoire que j’ai lue sur internet à propos d’une ado transgenre qui s’appelle Leelah Alcorn et qui s’est suicidée. C’est quelque chose qui m’a beaucoup touché, je me suis senti proche d’elle car j’ai beaucoup d’amis trans et non binaires qui ont vécu des situations similaires. J’ai ressenti ce sentiment de perte, cette chose affreuse… J’ai l’impression que beaucoup de gens ne comprennent pas ce genre de sujets. Ce n’est pas enseigné à l’école, les gens ne le comprennent pas et ne l’acceptent pas. J’ai écrit cette chanson pour essayer de montrer la pression exercée par les figures d’autorité sur les personnes transsexuelles.

Les sujets universels abordés classiquement dans la musique comme l’amour, l’amitié ou la mort, ça t’ennuie ?

Ouais, j’écris à propos de ce qui me traverse l’esprit… Je suis pas trop le genre de personne à écrire des chansons d’amour, ou sur des sujets sur lesquels les gens écrivent généralement des chansons. Je préfère écrire à propos de sujets sur lesquels je peux donner mon avis, plutôt que dire quelque chose sans raison.

Quand on est ado, qu’on est jeune, on a beaucoup de choses à dire et d’ardeur dans ses propos. Puis, sans le vouloir, on s’adoucit inévitablement dans nos revendications. Et alors qu’on est devenu adulte et qu’on a enfin le pouvoir de change les choses, on ne le fait pas forcément. Est-ce que c’est quelque chose qui te tient à cœur de continuer à écrire des morceaux militants ?

Ouais, carrément. J’ai toujours trouvé ça important de parler de ce qui me préoccupe le plus. Par contre, je ne vais pas continuer à écrire sur les mêmes sujets. Je vais m’inquièter d’une chose, puis d’une autre… Ouais, je pense que je serai toujours engagé. Je crois que je suis quelqu’un de passionné. Les gens ont peur de parler de certains problèmes, mais je suis persuadé que ça peut résoudre beaucoup de choses d’en parler. Aujourd’hui plus que jamais, les gens sont en train de s’ouvrir et d’écrire des chansons et aborder des sujets dont on ne parlait jamais auparavant.

L’an dernier (en 2015), tu as gagné le concours du Talent Emergent de Glastonbury. En quoi est-ce que cela a changé ta vie et ton état d’esprit ?

C’était une telle surprise, c’était la première fois que je gagnais quelque chose avec ma musique et que je ressentais un tel accomplissement. C’était très important pour moi : 6000 personnes participaient au concours et moi, j’ai gagné avec un seul morceau sorti, alors que je n’avais que 16 ans, c’est dingue. Je veux dire, j’allais jouer à Glastonbury ! Des magazines comme NME ont parlé de moi et de mes morceaux. Tellement de choses se sont passées lors de ce festival…J’ai signé chez Columbia en Angleterre, chez Because en France, et je crois que c’était un grand palier de franchi pour ma carrière.

Tu avais assuré combien de concerts avant ça ?

J’ai joué pas mal depuis que j’ai 14 ans…. Je dirais 30, 40 concerts…. Maintenant, mon show est meilleur qu’il ne l’était. J’ai un groupe, ce sont des plus gros concerts, et ça me rend plus heureux de jouer. A ce moment-là, ce n’était pas parfait, mais j’avais pas mal de concerts derrière moi. Juste avant la compétition, je suis venu à Paris pour jouer au Chorus Festival.

Est-ce que tu as enregistré de nouveaux morceaux cet été en vue d’un premier album ?

Oui, je suis en train de travailler sur un disque. On est très proches de la fin là, l’enregistrement devrait être terminé à la fin du mois. Je suis très excité ! Je pense qu’il sortira l’année prochaine, entre février et avril. Pas dans très longtemps !

En quoi sera-t-il différent de Stains ?

Deux des morceaux de Stains seront sur l’album, mais il sera assez différent dans l’ensemble. Il y aura beaucoup de guitare, de synthés… Il sera indie rock, avec des pianos cool et des cordes, des instruments très rock. C’est difficile à décrire car c’est un mélange de différentes choses. Il sera weird pop, en quelque sorte !

La playlist de Declan McKenna:

Danny L Harle – Ashes of Love
Nina Simone – Little Girl Blue
Leisure Society – Fight For Everyone
David Bowie – Conversation Piece
Clipping – Wriggle

Propos recueillis et photographie par Aurélie Tournois

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