Halo Maud: « mon premier album a maturé longtemps en moi »

Derrière Halo Maud, c’est la personnalité délicate et contrastée de Maud Nadal qui se dévoile. Après avoir longtemps mis son talent au service d’autres groupes comme Moodoïd, Melody’s Echo Chamber ou Marietta, la jeune musicienne de 33 ans a enfin pris toute la place qu’elle méritait sur le devant de la scène. Son premier album, Je suis un île, était l’une des plus belles surprises du printemps dernier. Nous avons rencontré Maud lors de son passage au festival Rock en Seine pour parler de son passage de l’ombre à la lumière.

halo maud dancing feet

Tu avais déjà joué à Rock en Seine sous un autre nom, Myra Lee, en 2011. Qu’est-ce qui a changé depuis que tu es devenue Halo Maud ?

Halo Maud, c’est un nouveau nom, mais dans ce nom, il y a mon vrai prénom. C’est une continuité qui m’amène plus vers moi-même. Je n’ai pas l’impression d’avoir changé d’identité, au contraire. J’ai l’impression d’avoir fait un chemin jusqu’à être le plus proche de ce que je suis vraiment. Je ne suis pas du tout dans un personnage.

Est-ce que ça correspond à une sorte de mise à nu ?

Ce n’est pas vraiment une mise à nu, parce que je contrôle ce que je fais. Je choisis ce que je dis ou ne dis pas dans mes chansons. Mais, c’est vrai qu’elles ont quelque chose de plus intime et de plus spontané.

Tu écris à la fois en français et en anglais. Est-ce que le fait de naviguer d’une langue à l’autre te permet justement de dévoiler des choses plus ou moins intimes ?

Pas vraiment. Quand j’écris des morceaux, les mots me viennent parfois en français, parfois en anglais. Parfois, la plupart du texte me vient en français, mais une phrase me vient en anglais. Ce mélange de langues est vraiment présent dans le processus de création dès le départ. J’ai simplement choisi de laisser les choses telles quelles, de ne pas m’imposer d’écrire tout en français ou tout en anglais. Je ne suis pas parfaitement bilingue, donc, bien sûr, quand je chante en anglais, il y a une sorte de filtre. Mais j’ai fait beaucoup de concerts en Angleterre et là-bas, tout était un peu inversé du coup. C’est assez rigolo.

En Angleterre, tout ce qui est nouveau est excitant!

D’ailleurs, tu as signé sur un label anglais. Qu’est-ce qui a fait que ta musique a fait plus écho là-bas ?

Je crois que c‘est juste culturel. J’ai du mal à l’expliquer moi-même. Je constate juste que quand je vais à Londres et que je vais acheter des carottes, ce qui passe au supermarché, c’est Grizzly Bear, par exemple. Ça ne m’est jamais arrivé en France et je pense qu’on en est très loin. C’est un gros sujet. J’aurais naturellement tendance à penser que c’est mieux là-bas parce que les gens sont plus ouverts, mais c’est peut-être une simple histoire d’habitude. Là-bas, les médias passent ce genre de musique et les gens trouvent ça normal. Ils ne la trouvent pas alambiquée. Alors qu’en France, je sens bien dans le retour des gens que c’est plus compliqué. Je passe pour quelqu’un qui fait de la musique un peu obscure. C’est un accueil très différent. En Angleterre, tout ce qui est nouveau est excitant. Parfois, en France, le premier réflexe est de se méfier de la nouveauté. On a envie de comprendre, on est trop intellectuels, on se pose trop de questions. En Angleterre, c’est agréable car c’est beaucoup plus immédiat. On ne pose pas autant de questions. On ne me demande pas pourquoi je chante en français et en anglais, par exemple. Il y a quelque chose de beaucoup plus « simple ».

Lorsque tu composes tes chansons, est-ce le texte ou la mélodie qui te vient en premier ?

J’ai du mal à partir du texte. Je compose d’abord la mélodie et ce qu’il y a autour. C’est une sorte de puzzle parce que j’ai une mélodie, un nombre de pieds assez précis et j’essaye d’entrer des mots dedans. Souvent, j’ai une phrase ou deux qui me viennent en composant et qui me donnent le thème du morceau. Mais c’est quand-même un travail assez laborieux, l’écriture. Mes mélodies de chant pourraient être des thèmes joués à la guitare ou au clavier. Du coup, c’est parfois difficile de les faire bien sonner, surtout en français, parce qu’il y a beaucoup de syllabes qui ne font pas un très beau son, contrairement à l’anglais. C’est un peu un casse-tête.

On parle souvent de tes collaborations avec d’autres artistes. C’était nécessaire pour toi de faire tes gammes avec d’autres avant de te lancer toute seule ou c’est un concours de circonstances ?

C’est plutôt l’inverse qui s’est passé, en fait. J’écris des chansons depuis très longtemps, depuis l’adolescence. J’ai commencé par ça, mais je ne me sentais pas très légitime. Je sentais le poids de mes influences. Ce n’était pas complètement abouti. C’est plutôt un hasard que je me sois mise à jouer avec d’autres, parce qu’à la base, je ne suis pas du tout une musicienne très technique. J’ai joué avec Moodoïd et Melody’s Echo Chamber parce que ce sont mes amis, qu’on partage beaucoup de goûts en commun. Ça m’a donné de l’assurance en tant que musicienne, évidemment, mais ça n’a pas trop de rapport avec mon cheminement d’auteur-compositeur. Ça s’est fait en parallèle. Pour moi, ce sont deux choses complètement différentes. Je ne vis pas du tout les concerts de la même façon. Quand j’accompagne les autres, je me mets vraiment au service de leur musique. J’ai juste eu besoin de temps. Ce n’est pas tant d’accumuler de l’expérience avec d’autres groupes, je pense que ça n’a pas changé grand-chose dans ma façon d’appréhender la musique, mais j’avais juste besoin de faire mon petit parcours, assez long. Mais je suis très contente, au final, de la façon dont les choses se passent. Mon premier album sort alors que j’ai 33 ans. Je ne dis pas que c’est mieux d’attendre, mais en tout cas, c’est quelque chose qui a maturé longtemps en moi et je suis fière du résultat. C’est le collectif La Souterraine qui m’a donné le dernier petit élan dont j’avais besoin. J’avais des morceaux prêts et ils m’ont un peu poussée à sortir le premier.

Des collaborateurs, sur ce disque ?

Oui, plein. Il y a Robin Leduc avec qui j’ai coréalisé le disque. Il a été là du début à la fin. Il m’a beaucoup apporté. Il a un rôle essentiel, au-delà de tout ce qu’il a fait concrètement, comme m’aider à faire des choix et jouer de plusieurs instruments. Rien que le fait de sentir qu’il y croyait, ça a changé tout, pour moi. Il y a Angy Laperdrix qui l’a mixé et qui a un rôle plus important que celui de mixeur parce qu’il a eu un regard assez neuf sur tout ce qu’on a fait. On a passé beaucoup de temps en studio avec Robin, donc c’était super chouette d’avoir quelqu’un de nouveau pour finaliser. Il y a les musiciens qui m’accompagnent sur scène (parmi lesquels Olivier Marguerit alias O, ndlr) qui ont participé, et d’autres musiciens que j’ai invités, que j’admire et qui sont des amis aussi, comme Benjamin Libet d’Aquaserge ou Pablo, de Moodoïd, qui est venu chanter.

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Infos pratiques :
Je suis une île, de Halo Maud, est sorti le 25 mai 2018 chez Heavenly Recordings.
Halo Maud est en concert le 20 novembre 2018 à La Maroquinerie.

Propos recueillis par Kirana Chesnel

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