Nous avons retrouvé Exsonvaldes en plein cœur du 13e arrondissement parisien, trois ans après There’s No Place Like Home, leur album acoustique. Depuis, Guillaume, à la basse, a été remplacé par Cyrille et Simon s’est mis à chanter en français. Cette fois-ci, ils reviennent avec Lights, puissante boîte à mélodies publiée au mois de mars. Les Parisiens nous ont entraînés jusqu’à un studio souterrain aussi insoupçonné qu’impressionnant. Après une jolie session en acoustique, ils nous ont parlé, entre une tartiflette et un café gourmand, de leur place au sein de la scène française.

 

Tout d’abord, parlons de votre nouvel album, Lights. L’artwork sur la pochette a des airs de vitrail, et vos morceaux portent des noms très lumineux, tels que Lights ou Days… N’y aurait-il pas une dimension un peu spirituelle derrière tout ça?

Simon (guitare, chant) : Je pense qu’il n’y a rien de spirituel, ou peut-être un peu dans les paroles du refrain de Guns… Mais effectivement, il y a quelque chose du vitrail sur cette pochette. L’idée, comme l’album s’appelle Lights, c’est une recomposition avec les lettres d’Exsonvaldes pour créer ce logo qui est à la fois un vitrail et un prisme et qui pour nous évoque aussi, dans les films de science-fiction, le moment où le héros voyage dans l’espace à la vitesse de la lumière et passe à travers une espèce de tunnel lumineux, un peu comme dans 2001 L’odyssée de l’espace. Ça représente tout ça de façon très abstraite.
 
Votre morceau Days est sorti en juin 2012. Vous avez attendu le mois de mars 2013 pour sortir votre album. L’attente n’a pas été trop longue ?

Antoine (clavier, guitare) : On a attendu pas mal avant la sortie de Days. A un moment, on a eu envie et besoin de poster ce morceau-là, on a réfléchi au moment auquel on publierait le reste et s’est dit « vite, mais pas trop ». La sortie du deuxième clip de Seahorsesjusqu’à L’Aérotrain, c’était une attente plus maîtrisée.
Simon : On a eu cette idée de clip pour Days, qu’on a fait très rapidement. On s’est dit que c’était cool et du coup, c’est ça qui a marqué le départ de toute la vie du disque jusqu’à sa sortie cette semaine.
 
Lights est produit par Alex Firla, réalisateur du premier album de Phoenix, avec qui vous aviez déjà travaillé sur Near The Edge Of Something Beautiful, votre second album. C’est impensable pour vous de travailler sans lui ?

Martin (batterie) : Ce n’est pas vraiment un membre du groupe non plus, mais c’est un peu une extension. Il a un studio à Bastille, on a enregistré des démos dans une petite pièce à côté. Depuis le début,  il les écoutait et nous aiguillait. On a choisi les morceaux avec lui.
Simon : On a commencé très tôt à travailler avec lui.
Martin : Oui, pour nous, c’est un partenariat qui va plus loin que les sessions studios. Du coup c’était très évident qu’on ferait cet album avec lui.
Antoine : Sur le précédent, il avait beaucoup participé, mais il était arrivé alors que les morceaux étaient déjà quasiment terminés. Cette fois, on avait envie de travailler avec lui beaucoup plus tôt que sur le précédent. C’est une de ses compétences, de ses  forces. On a pris un peu plus de temps, car  il nous a fait reprendre pas mal de choses. Ça explique l’attente.
 
Vous chantez en anglais et en français. Est-ce que ça a été pour vous une décision évidente ou au contraire un choix difficile ?

Simon : Je crois que ça n’a pas vraiment été un choix. Pendant longtemps, j’ai dit que jamais je ne ferai de chansons en français… avant de m’y mettre ! En fait, ça s’est fait par étapes. Au début, on pensait que ce ne serait pas pour Exson. Et puis j’ai fait des chansons en français pour un projet en solo et finalement, elles plaisaient aux autres membres du groupe, qui ont décidé d’arrangements. On a trouvé ça bien et on ne s’est plus vraiment posé la question de ce que les gens allaient en penser. On s’est dit que l’album était mieux avec ces trois morceaux (L’aérotrain, L’inertie, On n’a rien vu venir) que sans. Je trouve que c’est une force, c’est comme un instrument ou une possibilité d’expression artistique en plus. Pendant une longue période, il y avait une sorte de combat avec les quotas. Quand tu chantais en anglais, tout le monde te demandait pourquoi tu ne chantais pas en français, ça devenait un peu énervant, et une sorte de défense se créait. Maintenant, on commence à voir beaucoup plus de groupes s’exprimant dans les deux langues émerger, c’est beaucoup plus détendu. Je pense que la capacité de certains groupes français à faire une musique pas typiquement française en français et à la fois le succès à l’étranger de certains groupes comme Phoenix qui chantent en anglais, ça a décomplexé un peu tout le monde !
 
Quels sont les groupes qui chantent en français que vous appréciez le plus ?
 
Simon : J’aime beaucoup Dominique A. J’ai pas mal écouté l’album de Michel Cloup récemment, l’ancien chanteur de Diabologum et d’Expérience. J’avais beaucoup écouté le projet de l’autre Diabologum, Programme.
Niveau groupe pop, c’est un peu plus compliqué… Je joue avec une chanteuse qui s’appelle Maud Lübeck et qui, je trouve, fait de la pop en français et c’est assez cool. En ce moment, il y a  plein de groupes dont j’aime bien quelques morceaux mais parmi les groupes qui chantent en français, il n’y en a pas dont j’adore tout le répertoire.
Cyrille : Le dernier Murat n’était pas mal.
 
Quand on écoute vos albums, on discerne l’importance de la mélodie. C’est quoi pour vous une bonne mélodie ?

Antoine : Il faut qu’elle soit simple. Elle doit s’imposer, venir sans que tu y réfléchisse, ça doit être tellement naturel que…
Martin : J’ai le feeling bon/mauvais chasseur, là ! (rires)
Simon : C’est exactement ça !
Antoine : C’est un peu comme le fait de chanter en français, les gens ne se posent pas de question, c’est nous qui nous en posions. Une bonne mélodie, personne ne se pose de question.
Martin et Simon : Alors qu’une mauvaise mélodie, bah, personne ne se pose de question ! (rires)
Antoine : Bon, ils m’ont tué  ma réponse, donc laisse-les dire quelque-chose ! 
Simon : Non, je pense que tu as raison. Une bonne mélodie, elle se retient.
Martin : C’est juste une question de goût, ce n’est même pas que tu la retiens, car tu retiens des trucs qui t’énervent. Ça ne s’explique pas.
 
 

 
 
L’aérotrain, c’est quoi ?

Simon : C’est ce que tu vois dans le clip. C’est un truc qui a été inventé dans les années 60. Avant que le TGV existe, il y a eu ce projet de train sur un monorail. C’est un peu comme le Shinkansen, ce train japonais à sustentation magnétique, sauf que celui-ci fonctionne avec l’air.
Martin : C’est un peu comme quand on joue au palet, la table souffle de l’air. C’est le même principe.
Antoine : C’est un train qui est maintenu à quelques centimètres du sol par un filet d’air. Il n’y a aucun frottement. Ce qui lui permet d’aller à une vitesse incroyable.
Simon : On a travaillé pour le clip avec un type qui a fait un documentaire il y a une dizaine d’années là-dessus, Au bout du rail, très bon docu sur le sujet que je recommande. Il y a eu un prototype et c’est tombé à l’eau, mais la voie d’essai, à plusieurs mètres du sol, n’a jamais été détruite. C’est vers Orléans, dans le Loiret. Il y a 18km de cette voie. C’est un truc qui m’a toujours fasciné. On est allé se balader sur la voie, ce n’est pas compliqué d’y accéder. Quand j’ai commencé à écrire en français je me suis demandé de quoi j’avais envie de parler, et puis c’est un truc qui m’est venu très vite, parce que je trouve que ce truc est cool. Bien évidemment ce n’est pas un morceau sur l’aérotrain, il est utilisé un peu comme une image du rétrofuturisme. C’est une chose à laquelle nous avons beaucoup pensé pendant l’enregistrement. Ce qui se produit dans le futur,  par rapport aux attentes qu’on a pu avoir à une époque de ce futur. A quel point ce qu’on attendait ne s’est pas réalisé et en fait, ce n’est pas grave. Ce truc n’existe pas mais il a la beauté d’avoir été imaginé avec les codes de l’époque, c’est une belle histoire. Ce n’est pas qu’une nostalgie. C’est aussi une façon de se dire que le futur qu’on s’invente n’est jamais celui qui se produit,  mais on invente d’autres choses à la place et finalement on s’y retrouve.
 
Un peu à l’image de ces films qui montraient qu’en l’an 2000 on se déplacerait dans des voitures volantes ?

Simon : Exactement. C’est fascinant de regarder par décennie comment on imaginait le futur.
Antoine : Ca va plus loin que les films qui te projettent dans un futur imaginé, car il y a vraiment eu un projet industriel, une fabrication d’un prototype. Il a roulé sur ses 18km de rails. Ce n’est pas juste de la science-fiction, ça a été presque la réalité, puis ça a disparu. C’est ça qui a été le plus intéressant dans ce projet. Aujourd’hui, il y a les images d’archives de ces rails.
Simon : Un peu comme le métro suspendu qu’on voit dans le film de Truffaut, Fahrenheit 451. Il a été détruit, il a disparu.
 
Vous rêvez de jouer et de voyager où maintenant ?
 
Martin : On a eu une proposition pour jouer au Sri Lanka !
Simon : Martin a envoyé un message sur Facebook à une station de surf au Sri Lanka pour leur envoyer notre clip de Seahorses.
Antoine : Il a été pas mal relayé par une vaste communauté du monde de la mer, de la plongée sous-marine à la protection des fonds marin, le surf…
Martin : C’est des mecs qui ont un club de surf là-bas qui organisent un festival dans la cadre de l’ouverture d’un aéroport. Ils nous ont envoyé un mail pour nous proposer de venir. C’est en négociation.
Simon : Ca serait rigolo !
 
 

 
 
Il vous est arrivé assez longtemps de jouer en appartements. Qu’est-ce que ça vous a apporté ? C’est terminé ?

Martin : Plus à une époque que maintenant, mais je pense qu’on va le refaire.
Antoine : Musicalement, ca nous a apporté beaucoup, c’est plus dépouillé qu’un concert, je pense qu’on a beaucoup progressé en terme de qualité de jeu et de capacité à jouer ensemble.
Martin : Tu vas chez des gens, tu te retrouves dans un cadre de soirée, donc les attentes des gens sont très différentes. D’une certaine façon, il faut aller plus vers eux, il faut faire beaucoup d’efforts pour les capter. C’était hyper agréable, on a rencontré plein de gens. En plus à l’époque, ça ne se faisait pas trop. On s’est fait plein de nouveaux fans, on a vendu plein de disques… C’était chouette !
Simon : Ce n’est pas qu’on ne veut pas le refaire, mais on ne veut pas rentrer dans une mécanique. Ce qui nous a plu, c’est que c’était un truc un peu inédit. On ne veut pas que ça devienne automatique. Mais on le refera, car c est marrant !
Martin : Mais là, vu que le disque est très arrangé, on a envie de le jouer sur scène.
 
Vous aviez joué avec Girls In Hawaii à vos débuts. Ils reviennent après une longue absence (due au décès de leur batteur Denis Wielemans dans un accident de voiture en 2010, ndlr) pour le Disquaire Day avec un nouvel Ep, Misses. Ca vous fait quoi ?
 
Martin : Je suis hyper content qu’ils reviennent !
Antoine : Ca fait hyper plaisir pour eux, car ils ont arrêté dans des conditions très particulières, C’est un groupe un peu familial puisque c’est deux fois deux frères. Quand c’est arrivé, on les connaissait très bien, donc c’était assez dur et on ne savait pas s’ils auraient la force de revenir.
On est super content, on a hâte d’écouter leur nouvel album, de les revoir en concert, les retrouver quoi !
 
Quels sont vos liens avec la scène française ?

Simon : Il y a plein de groupes avec lesquels on aime jouer ou qu’on aime aller voir, mais on ne se revendique pas d’un club, d’une scène en particulier. Les groupes qu’on connait, c’est ceux avec lesquels on travaille. On a le même tourneur que Baden Baden,  donc on fait des concerts avec eux. Je fais aussi de la guitare avec Maud Lübeck.
C’est au hasard des affinités musicales ou des partenaires professionnels.
Antoine : Les différentes scènes sont souvent associées à un style musical pour lequel on n’a jamais été catalogué particulièrement, ou à une ville. La scène de Clermont-Ferrand était soutenue par les salles locales, il y aussi eu la scène des baby rockeurs, celle de Reims… J’ai l’impression qu’on n’a jamais été affilié à une salle en particulier emblématique d’une région, puisqu’on vient de Paris. Donc c’est pour ces deux raisons, musicale et technique.
Martin : Je ne sais pas si ce n’est pas des trucs qui se racontent un peu mais qui ne sont pas forcément vrais. Les scènes, ce sont des groupes qui sortent en même temps, et les gens les associent vachement, sans qu’eux-mêmes aient l’impression de faire partie du même mouvement.
 
Et avec quels groupes aimeriez-vous jouer ?

Martin : J’aimerais bien  qu’on joue avec Girls in Hawaii…
Cyrille : Moi, j’aimerais beaucoup faire la première partie de la prochaine tournée d’Etienne Daho.
Simon : Moi, j’aimerais jouer avec les Foo Fighters !
Martin : Baden Baden, c’est cool de jouer avec eux, parce que pour le coup ,on fait pas tout à fait la même musique, mais c’est proche. Ils sont vachement sympa, c’est cool, c’est un bon assemblage.
 
Exsonvaldes jouera le 16 mai au Nouveau Casino.

Session acoustique

 

 
La playlist d’Exsonvaldes
 
 
 
Propos recueillis par Aurélie Tournois // Photo: Jacques de Rougé

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