Rencontre // Gengahr : « Ces dernières années, les groupes étrangers ​ont proposé des choses plus excitantes que les Anglais »

 

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Ils ont beau porter le nom d’un Pokémon malveillant, les trublions de Gengahr respirent la bonne humeur. Nous les avons rencontrés à l’occasion de leur premier concert en tant que tête d’affiche en dehors d​e la perfide Albion. L’occasion de faire le point sur les projets du groupe et la nouvelle scène anglaise en compagnie de Danny (batterie) et Hugh (basse).

​Comment présenteriez-vous Gengahr à quelqu’un qui ne vous connaît pas encore ? 

Danny : Je dirais qu’on est un ​groupe indie-pop-rock avec une touche fantomatique d’Halloween.

Pourquoi avoir choisi comme nom pour votre groupe Gengahr qui est aussi le nom d’un Pokémon [​​Ectoplasma en français] ? Une de vos chansons aussi porte le nom d’un Pokemon, Haunter​ [Spectrum]. Vous essayez de nous dire quelque chose ? 

Hugh : (Rires) Non, on n’essaye pas d’envoyer un message caché. Il a fallu qu’on change de nom quand on a commencé. Le nom originel du groupe c’était RES mais il était déjà utilisé par un rappeur aux Etats-Unis. On n’avait que quelques jours pour penser à autre chose. On a aimé le son du mot « Gengar » donc on l’a gardé. ​Il ne faut pas le prendre trop sérieusement​. ​On pensait que personne ne s’en soucierait mais le problème c’est que tout le monde l’a fait !

Danny : On était des fans de Pokémon quand on était enfants mais on n’a jamais été des fanatiques absolus. Je pense que quand on a choisi de s’appeler Gengahr, on s’est dit que ce serait marrant. On a titré une de nos chansons Haunter pour faire un clin d’oeil, c’était une petite blague entre nous. Au risque de vous décevoir, nous ne sommes pas des adulateurs de Pokémon.

Vous êtes un quatuor. Comment vous avez travaillé sur votre premier album, A dream outside ?

Hugh : On n’a pas de processus créatif établi. Pour chaque chanson, on travaille de façon différente. On compose la musique dans un studio de répétition, tous ensemble. La plupart du temps c’est par cette étape qu’on commence. Les paroles sont ajoutées dans un deuxième temps par Felix.

Danny : ​L’inspiration peut venir d’une ligne de basse, d’un riff de guitare, d’un battement de tambour … On construit la chanson et Felix y ajoute le chant mais ça peut être l’inverse. Parfois, il a une ligne de chant et on travaille autour de ça. Ça peut vraiment se faire dans les deux sens. La seule règle, c’est qu’on écrit toujours tous ensemble.

​Lorsqu’on vous demande quelles sont vos influences, vous citez Tame Impala, Unknown Mortal Orchestra, Deerhunter… ​En gros, que des groupes américains et australiens alors que vous êtes britanniques et que vous faîtes du rock ! 

Hugh : Je pense que ces dernières années, les groupes étrangers ​ont proposé des choses plus intéressantes, plus excitantes aussi. Ils ont selon moi fait des choses bien meilleures que ce qu’on est en train de faire en Angleterre et plus largement dans l’industrie du disque britannique.

Danny : On a toujours aimé la musique américaine et australienne. Ce n’est jamais arrivé jusqu’à nous les garage bands et ce genre de choses.

Il y a quand même des groupes mythiques comme Radiohead auquel on vous compare souvent !

Danny : Oui, c’est vrai que c’est un peu l’exception qui confirme la règle. Mais ils n’ont rien sorti de très récent, rien depuis qu’on a commencé avec ce groupe. Donc on a été voir ce qui se faisait ailleurs. Mais c’est une énorme influence pour nous, plus spécialement pour la guitare. Les guitares de Radiohead sont incroyables. On s’est inspirés d’eux, c’est sûr ! Mais probablement de façon inconsciente.

​Mais du coup, ​qu’est-​ce qui est​ arrivé au rock anglais ?

Hugh : C’est une question délicate ! Je pense qu’il est en train de faire son grand retour. Si on regarde derrière nous, il y a cinq ans, la scène anglaise n’était pas aussi forte que celles qu’on trouvait ailleurs. Mais c’est en train de revenir.



​Votre premier album A dream outside ​est sorti en juin. ​Vous avez une chanson préférée ?

Danny : Pour moi, ça change tout le temps. Quand on a enregistré l’album, je pense que ma préférée, c’était le titre instrumental Dark Star, surtout parce qu’il était très différent des autres. ​Depuis qu’on est en tournée, je crois que c’est Embers parce qu’il est marrant à jouer en live avec ce rythme de batterie très cadencé.

Hugh : Je suis assez d’accord. En fait, on préfère les titres qui sont les plus funs en concert parce qu’on n’écoute plus l’album. Ça dépend vraiment de ce qu’on prend du plaisir à jouer. En ce moment, c’est Embers pour moi aussi.

Et justement, à propos de ce titre instrumental, Dark Star​, c​’est quelque chose d’assez original sur un disque de rock. ​Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire figurer dans l’album ? ​

Danny : C’est vrai que sur cet album, on a essayé de faire les choses différemment. Aujourd’hui, ça peut apparaître comme quelque chose de singulier, un album avec un titre instrumental dedans.

Hugh : C’est aussi pour ça qu’on l’a fait !

Danny : Parce que c’est différent et inattendu je pense. A la base, c’était une chanson. Mais on s’est un peu bagarrés avec les paroles et on a décidé de la modifier. Elle est devenue instrumentale avec ce rythme un peu hip-hop. On trouvait qu’elle sonnait bien donc ça nous gênait de la laisser de côté.

Hugh : On voulait vraiment l’inclure dans l’album. Elle propose une variation dans le rythme. On ne passe plus d’une chanson à une autre de façon automatique.

She’s a witch ​a été écoutée plus d’un million de fois sur Spotify.​ Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Hugh : Je trouve ça complètement fou… Je ne sais pas encore comment le prendre. ​On ne sait jamais à quel point les gens s’intéressent à notre musique jusqu’à ce que ce genre d’événement se produise et là on se dit : « Oh merde, les gens aiment vraiment notre chanson !« . C’est très bizarre!

Danny : C’est génial de voir ça. ​

Vous savez pourquoi elle a particulièrement plu au public ?​

Danny : Elle est hyper entraînante !

Hugh : Et elle est super courte donc les gens ont dû l’écouter deux ou trois fois de suite, je ne vois pas d’autre explication ! (Rires)

En septembre, vous avez sorti un nouvel EP surprise, Tired eyes. En temps normal, on a plutôt l’habitude de voir un album suivre un EP et vous faites le contraire. Vous avez vraiment décidé de vous faire remarquer ?

Danny : On avait enregistré beaucoup de chansons pour l’album mais on trouvait qu’il ne fallait pas toutes les mettre dessus. Après la sortie de A dream outside, on s’est dit que ce serait une bonne idée de sortir les titres restants pour continuer à avancer et surprendre les gens qui nous suivent.

Hugh : On voulait que l’album soit relativement court donc les titres qui restaient n’étaient pas des titres qu’on avait mis de côté parce qu’ils étaient moins bons. Ils ne rentraient pas dans l’album. On a fait un album avec une version deluxe mais ça ne suffisait pas. Quand on a travaillé sur Tired eyes, beaucoup de gens nous ont dit que c’était une de nos meilleures chansons. On s’est dit que ce serait dommage de ne pas la sortir. D’où l’EP qui arrive après l’album.

Vous êtes très créatifs !

Danny : On a beaucoup travaillé avant de sortir ce premier album. On avait beaucoup de chansons à proposer. Et c’est important pour nous de continuer à travailler, d’avoir de nouveaux contenus à enregistrer même si on est en tournée, même si ce n’est pas évident de s’astreindre à ce rythme. Mais c’est intéressant de faire l’aller-retour entre la création et les concerts.

Vous travaillez déjà sur un nouvel album ?

Hugh : Comme on ne s’arrête jamais d’écrire, on peut dire ça !

Danny : On va enregistrer quelques titres juste avant noël. On va tester de nouvelles choses pour savoir dans quelle direction on veut aller pour le deuxième album. Mais on a déjà quelques petites choses de côté.

Qui s’occupe des illustrations des albums ?

Hugh : C’est moi qui les fait. Il nous en fallait pour le groupe et les jaquettes et on s’est dit qu’il valait mieux qu’on les fasse au lieu de payer quelqu’un pour s’en occuper. Ce sont des projets abstraits sur lesquels j’étais en train de travailler ces dernières années et on s’est dit qu’ils iraient bien avec notre style de musique. J’ai étudié dans une école d’art donc c’était quelque chose d’assez naturel.

Tous vos clips racontent des petites histoires. Vous travaillez sur cette partie-là aussi ?

Danny : C’est surtout Felix (le chanteur) qui s’en occupe. Il comprend les paroles mieux que personne donc il travaille sur le scénario des vidéos et on fait quelques story-boards ensemble. On voulait garder le côté fait maison qui fait le charme de nos clips. On essaye de tout faire nous-même. Pour l’instant, on y arrive.

Drake nous a montré cette semaine que ça peut parfois être assez risqué d’apparaître dans son clip. Est-ce que vous prévoyez de le faire quand même ?

Danny : J’ai entendu dire qu’il y a avait eu des tonnes de détournement du clip de Drake, c’est bien ça ? En tournée, on est un peu déconnectés ! Je ne les ai pas encore vus ! On m’a parlé d’une vidéo avec une raquette de tennis…

Hugh : On va être dans le nouveau clip. On essaye de ne pas trop en faire. On ne se dit pas que nos clips sont des œuvres d’art. Ce sont plutôt des performances.

Danny : Pour l’instant on n’a pas prévu de danser donc tout devrait bien se passer. On sait que les gens apprécient de voir les membres du groupe dans les clips mais on préfère que le public vienne nous voir jouer en concert.

Sur Facebook et Twitter, vous avez lancé un appel à contributions pour votre prochain clip qui sera celui de Tired Eyes avec un seul mot d’ordre : « plus c’est bizarre et flippant, mieux c’est ». Qu’est-ce que ça a donné ?

Hugh : Le clip est sorti cet après-midi ! Il faut que vous alliez le voir, le résultat est vraiment génial. Il y a des supers déguisements et on a aimé inclure nos fans là-dedans.

Danny : C’est une sorte de film d’Halloween.

Vous entamez votre première tournée internationale, Paris est le premier arrêt. Quel conseil vous donneriez à un groupe qui n’a jamais fait de tournée ?

Hugh : Prends un bon livre !

Danny : (Rires) Et même deux, c’est clair ! Quand tu fais la tête d’affiche, tu sais que tu vas t’amuser. Comporte-toi bien. Tu ne dois pas être complètement bourré chaque soir. Si tu as envie de faire la fête, fais-le après le concert, pas avant. Prends les choses comme elles viennent. Si tu chantes, tu dois faire attention à ta voix, bien te reposer. Sinon tu vas avoir une voix de merde.

Hugh : Sois attentif, travaille dur, considère ça comme un travail.

Danny : Oh mon dieu, je parle comme un vieux. Amuse-toi aussi, c’est le meilleur moment !

Est-ce que vous avez déjà eu des mauvaises expériences par le passé pour tenir ce discours ?

Danny : Disons que lors de notre première tournée, on a eu quelques petits soucis. On ne s’est pas super bien tenus. Un soir, on est sortis et je me suis cassé la clavicule. Et ce n’était que le deuxième jour de la tournée… Parfois, il manquait des membres du groupe qui ne réapparaissaient que le lendemain matin, on a oublié des passeports, perdu des instruments, ce genre de choses… C’était un peu la panique en permanence. On a appris à la dure.

Playlist de Gengahr

I Follow You – Melody’s Echo Chamber
Come on home – Lijadu sisters
God emoji – Silicon
Goatman – Goat
Liti Liti – Orchestra Baobab

Propos recueillis par Kim Biegatch // Photographie: Steve Gullick

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