Her Smell : la chute d’une Riot Grrrl incandescente

Lundi 24 juin, le réalisateur américain Alex Ross Perry venait présenter en avant-première à Paris son film Her Smell lors du Champs-Elysées Film Festival.

« Je trouvais intéressant d’être à la limite entre le vulgaire et le répugnant » raconte le cinéaste, une fois les lumières rallumées. Pour son cinquième long-métrage, Alex Ross Perry a choisi Elisabeth Moss pour camper le personnage fictif de Becky Something, la superstar ébouriffée, égocentrique et paumée du girl band de rock US Something She, au milieu des années 90. Quand ses excès font dérailler la tournée nationale du groupe, Becky est obligée de compter avec son passé tout en recherchant l’inspiration qui les a conduites au succès. Contrairement à un film classique où on la verrait se construire progressivement à partir de rien, Her Smell prend le parti de la suivre depuis le zénith de sa carrière jusqu’à sa chute, aveuglée par le succès et la drogue.

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Ce contrepied, l’actrice de Mad men et The Handmaid’s Tale l’a tout de suite reçu avec enthousiasme. « Je ne sais pas si on peut écrire un personnage comme le sien sans personne en tête, elle avait accepté avant même que son personnage soit écrit, c’est elle qui l’a créé », se souvient le réalisateur. S’il laisse les acteurs libres de crier ou de chuchoter, aucun dialogue n’a pour autant été improvisé. D’après Alex Ross Perry, « le plus fou (qui correspond à un moment de chaos total, ndlr) est aussi le plus scripté, il a été écrit à la virgule près. »

Her Smell, hommage au mouvement Riot Grrrl

Le film tourné sur pellicule comme les costumes vintage nous replongent avec délice dans l’atmosphère des nineties. Le personnage de Becky et plus largement le groupe Something She, ont été inspirés au réalisateur par les fortes personnalités féminines du mouvement Riot Grrrl et des figures comme Courtney Love, The Breeders, Elastica ou Veruca Salt. Les références musicales du cinéaste se ressentent tout au long du film, aussi bien dans les clins d’œil que dans la façon de réaliser son œuvre. Ainsi, il s’est appliqué à recréer tout un univers autour du groupe, comme si celui-ci avait réellement existé, des pochettes d’albums de Something She créées juste pour l’occasion à l’enregistrement d’un album entier.

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Le réalisateur, qui a passé son enfance en studio ou dans les coulisses de concerts grâce à son père qui travaillait à la radio, ira même jusqu’à faire construire intégralement les décors comme le studio d’enregistrement et les backstage! Une façon de garder un contrôle total sur chaque élément sans dépendre de la lumière, des horaires de fermeture ou du bruit d’un lieu.

Her Smell, une course anxiogène et hypnotique

Au-delà de montrer la place des femmes dans le grunge dans les années 90, Her Smell évoque, d’après son réalisateur, d’une femme atteinte de troubles de la personnalité, et de la difficulté à savoir quand et comment vivre en tant que « Becky » ou en tant que « Rebecca ». Une lutte intérieure constante et violente qui se traduit visuellement par un rythme de caméra effréné – rappelant parfois le style de Gaspard Noé – quitte à donner mal au cœur au spectateur. On est emporté dans le tourbillon d’énergie débordante et la vie fulgurante et improvisée seconde après seconde de Becky jusqu’à l’écœurement. Comme elle et surtout comme ses comparses et son entourage (son ex et sa fille qui n’est alors qu’un bébé), à qui elle fait subir son drama permanent et ses sautes d’humeur quotidiennes, on a l’impression de se prendre une bourrasque en pleine face et on a du mal à tout percevoir, embarqué dans une atmosphère anxiogène au sein d’un décor labyrinthique et hypnotique.

Infos pratiques :

Her Smell, d’Alex Ross Perry
Sortie au cinéma le 17 juillet 2019
Distribution: Potemkine

Rédactrice: Aurélie Tournois

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