Rencontre // Biffy Clyro // “On a scellé nos destins”

 Rencontre // Biffy Clyro // “On a scellé nos destins”
Nous avons rencontré Biffy Clyro au Printemps de Bourges le mois dernier. Quelques heures avant leur concert sur la scène du W, on a discuté avec James Johnston, chanteur et bassiste du groupe, du destin, de la vie et de ses difficultés, avant de parler tatouages et de leur amour pour la France.
 
Ben Johnston, James Johnston, et Simon Neil

Les deux disques qui composent Opposites expriment des sentiments complètement différents. Il y a un côté sombre et un autre plus optimiste.  Le titre de l’album est donc parfaitement choisi, mais cela sonne aussi comme quelque chose de très mélancolique. Quelles émotions avez-vous souhaité partager?


James Johnston : Je pense qu’on a juste voulu exprimer le sentiment que la vie a deux côtés simultanés. Il y a toujours deux manières d’appréhender une situation et de régler les problèmes. Parfois, tu n’as pas envie de te lever le matin, tu n’as juste rien envie de faire, tu ne veux pas t’occuper du reste du monde, tu voudrais juste qu’on t’ignores. Et d’autres fois, tu te dis que tu peux réussir, influer sur les choses et tu te sens plus fort. Je crois que c’est le sens de ce disque. Tout le monde traverse dans la vie des hauts et des bas, de mauvais et de bons moments. Je pense que cet album reflète la vie de tous les jours et ce qu’on ressent avec Ben et Simon en tant que groupe et véritable équipe.

Opposites et Accident Without Emergency ont été réalisées avec Ben Bridwell en featuring (leader de Band Of Horses). Comment cela s’est-il passé?

James: Yeah!! On a fait ensemble la première partie des Foo Fighters lors d’un concert en Suède il y a quelques années (en 2011, ndlr). Ça fait longtemps qu’on était fans de Band Of Horses. Le morceau du premier album Funeral est juste génial, et Ben a cet accent du sud un peu nasillard. On s’est dit que cette voix était parfaitement coordonnée à celle de Simon même si, en même tant, elle était différente. On était à Los Angeles en studio quand lui était en tournée avec Band Of Horses. Du coup, il a enregistré sa partie dans sa chambre d’hôtel, on n’a pas eu l’occasion de travailler en studio ensemble, ce qui est un peu dommage. Parfois, tu t’imagines que les musiciens enregistrent toujours tout ensemble, mais ce n’est pas toujours aussi idyllique! C’est un tellement bon musicien, avec une voix si unique. Je pense qu’il a ajouté beaucoup à ce morceau. Et puis, avoir un de tes héros sur ton album, c’est vraiment génial!

Dans vos textes, il y a de nombreuses références à la religion. Vous parlez du bien et du mal, de Dieu et de Satan, de la nature et de la vie. Est-ce que la religion a une grande influence sur votre vie?

James: Je pense que c’est quelque chose qui fait partie de notre destin. C’est assez fascinant de voir la place que prend la religion dans la vie des gens, parfois pour le bien, parfois pour le mal. Je n’ai jamais été opposé à la religion. C’est quelque chose qui nous intéresse beaucoup, par rapport aussi à l’iconographie, aux légendes, ce genre de choses. Nous ne sommes pas vraiment très impliqués personnellement dans la religion. Je n’en ai pas besoin dans ma vie car je suis déjà bien entouré par mes amis et ma famille, mais c’est quelque chose qui peut rassembler les gens et c’est difficile d’en parler car chacun a un sentiment très personnel et très différent. Oui, c’est fascinant. 

Il y a aussi cette obsession de la mort. Est-ce quelque chose que vous appréhendez particulièrement?

James: C’est un sujet difficile pour tout le monde. Simon a perdu sa mère alors qu’il était assez jeune, ça se ressent dans les paroles. C’est un événement qui a beaucoup marqué sa vie et ses textes parlent toujours de choses vraies et naturelles, c’est pour ça que c’est un thème qui figure beaucoup dans les lyrics. S’attaquer à des sujets difficiles comme ceux-là est un challenge plus important que d’évoquer des situations simples du quotidien comme d’aller faire des courses et acheter du pain et du lait. Je pense que c’est pour ça que le sujet continue à être soulevé. Quand tu découvres la souffrance de la perte d’un être cher, ce sentiment ne te quitte jamais plus je pense, et ça fait partie de ta vie.

“Tous les trois, on se considère comme un gang, on avance et on affronte tout ensemble. “

Est-ce que c’est un atout d’être jumeaux dans un groupe, ou bien est-ce que c’est parfois compliqué?

James: Je ne pense pas. Ben et moi ne sommes pas des mecs compliqués. Nous n’avons jamais fait partie d’un autre groupe, Biffy Clyro représente tout ce qu’on a fait depuis 17 ans, on s’est habitués. Peut-être que c’est difficile pour Simon, je ne sais pas, tu devrais le lui demander, mais je pense que globalement ça se passe très bien. Tous les trois, on se considère comme un gang, on avance et on affronte tout ensemble. 

En France, les tatouages sont très à la mode en ce moment. Il y a même une exposition à Paris sur ce sujet. Quel était ton premier tatouage?

James: Mon premier, c’est un tatouage qu’on a décidé de faire le jour de mes 21 ans (et de ceux de Ben). On s’est fait tatouer dans le bas du dos l’artwork de la pochette de notre premier album. On a scellé nos destins, on se sent comme un gang. Le fait d’arborer les mêmes tatouages quand on fait partie d’un groupe c’est très important. C’est très difficile de choisir le motif d’un tatouage, il ne faut pas faire d’erreur car tu l’as pour le reste de ta vie. C’est pour cette raison que j’ai mis beaucoup de temps à me décider.

Pourtant tu en as beaucoup!

James: Oui, j’en ai pas mal!! Le dernier est un poème de Robert Burns qui parle de deux vieux hommes qui repensent à leur vie. Ils ont gravi les enfers de la vie ensemble et ne redescendront jamais, ils seront ensemble pour toujours. C’est un tattoo pour Ben, en réaction aux difficultés qu’il a dû affronter (Ben a connu des problèmes d’alcool, ndlr). La vie peut être vraiment dure.

Qu’est-ce que représente les tatouages pour toi?

James:  Ma femme et moi nous sommes fait faire un tatouage pour notre mariage. C’est une façon de graver les sentiments que tu as pour quelqu’un. C’est aussi une expression de l’art que tu aimes, de ta créativité, de ce qui veut dire beaucoup pour toi.

Ben Johnston, Simon Neil et James Johnston

J’ai une photo à te montrer. Dans les toilettes des backstages de la Boule Noire, on a trouvé marqué sur le mur: “Biffy Fucking Clyro, Never again!“. C’était une mauvaise soirée?

James: Hahaha!! Je ne crois pas. A la Boule Noire, on a toujours eu de bons concerts. Peut-être que ce n’est pas nous, c’est peut-être quelqu’un d’autre qui a trouvé que c’était un mauvais concert. Peut-être qu’on a fait chier quelqu’un du staff de la salle, et qu’ils ont souhaité qu’on ne revienne jamais! Nous, on a l’habitude d’écrire “Biffy Clyro are fuckin dead“, en hommage au groupe Refused. Mais je ne me souviens pas qu’on ait écrit ça. Non, on n’a pas eu de mauvais feeling. On a toujours adoré venir à Paris, c’est une des premières villes où l’on a joué à l’extérieur du Royaume Uni et on s’est toujours sentis les bienvenus. 

Effectivement, vous venez souvent jouer à Paris, vous semblez aimer cette ville, ça paraissait un peu étonnant.

James: On adore la France, on y va souvent en vacances sur les îles bretonnes, à Paris et à Strasbourg. On a été à Cognac, on a beaucoup aimé le cognac, mais on n’a pas essayé les cigares. Ça me rappelle le whisky de chez moi, mais peut-être en un peu plus sucré et plus facile à boire. C’était parfait!

La playlist de Biffy Clyro
 




Retrouvez nos photos et nos live reports des concerts de Biffy Clyro au Festival Bring The Noise 2012, au Festival Soirs d’Eté 2013, et au Printemps de Bourges 2014.


Propos recueillis par Aurélie Tournois // Photographe: Emmanuel Gond
 

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