On vous raconte le Download Festival 2018

Pour sa troisième édition, le Download Festival retrouvait pour la seconde année consécutive la base aérienne du Plessis-Pâté, à environ une demie-heure de Paris. Soixante-dix-sept groupes y étaient programmés sur quatre jours, dans des styles allants du black metal au rock alternatif. Retour sur les trois premières journées du festival, riches en émotions.

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C’est aux canadiens de Billy Talent que revient la tâche d’ouvrir le bal du Download Festival sur la Main Stage 1, en ce début de vendredi après-midi. Loin d’être des petits nouveaux en accusant aujourd’hui 25 ans d’existence et six albums studio, Billy Talent continuent d’offrir sur scène un punk-rock efficace quoiqu’un peu trop carré, et déclenche les premiers pogos et slams du festival, sous un soleil brûlant. Bien qu’un groupe comme le leur, dont les ventes d’albums se comptent en millions, méritait assurément de jouer un peu plus tard, l’horaire précoce (16h) n’aura pas empêché le public de répondre présent en nombre.

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Après un petit 45 minutes de show comptant une dizaine de morceaux dont les incontournables Viking Death March, Red Flag et Fallen Leaves pour clore le set, il est temps de courir à l’autre bout du site pour découvrir les Pogo Car Crash Control. Originaires de Seine-et-Marne, leur nom est sur toutes les lèvres depuis la sortie d’un premier EP suivi d’un album très bien reçus par la critique. Mais c’est avant tout grâce à ses concerts que le quatuor s’est constitué une renommée de groupe à voir en live, ainsi qu’une petite fan-base déjà fidèle. La hype dont ils bénéficient est tout à fait fondée, et ils le prouvent sur la scène minuscule de la « Spitfire Stage », devant laquelle plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées. Leur punk garage bien gras joué à fond les ballons fait voler la poussière et redonne vie au mince espoir de voir le rock français s’inviter à nouveau dans le paysage musical de l’Hexagone. Sans doute l’une des plus belles découvertes du Download!

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Après un rapide passage devant les sympathiques allemands de Powerwolf et leur metal gothique à orgue, petit changement d’ambiance en se rendant devant la Main Stage 2 sur laquelle Alestorm, accompagné d’un canard de bain géant, joue son power metal devant un public déjà acquis (ou déjà bourré, on ne sait pas trop) à sa cause de pirates écossais luttant contre des pieuvres zombie de l’espace. L’absurdité étant la marque de fabrique d’Alestorm, il en devient même possible d’apprécier l’utilisation sur scène d’une keytar, seul contexte acceptable pour cet instrument du démon.

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Qui dit démon, dit metal chrétien, et qui dit metal chrétien, dit Underoath. Programmés sur la scène de la Warbird, le groupe de post-hardcore floridien ne s’était produit qu’à deux reprises en France en près de 20 ans d’existence. Avec son statut de groupe culte pour un genre très peu représenté dans notre pays, on avait pu apprécier la fougue des américains dans un Alhambra sold-out et déchaîné l’année dernière, lors de leur grand retour. Cette fois, il fallait compter un nouvel album sans grand intérêt et un public de fans carrément absent du Download puisque la bande d’Aaron Gillespie et Spencer Chamberlain jouera sous une tente peu remplie et incapable de délivrer plus que quelques hochements de tête, malgré l’enchaînement des tubes que sont Reinventing Your Exit, A Boy Brushed Red…  ou encore Writing on the Walls. Si le groupe clame désormais en interview avoir perdu la foi, on espère en tout cas de notre côté qu’ils retrouveront leur habituelle fougue.

On enchaîne ensuite avec Ghost, déjà présents sur la Main Stage 2 lors de la première édition du Download à l’Hippodrome de Longchamp. Avec un nouvel album dans les bacs, Prequelle, la nouvelle incarnation de son chanteur, le Cardinal Copia, qui a succédé à Papa Emeritus III, et de nouveaux musiciens sur scène, les Suédois sont sans aucun doute l’une des formations les plus attendues du festival cette année. Et comme à son habitude, Ghost nous régale avec son hard-rock à tendance FM (les singles Rats et Danse Macabre), ses refrains satanistes on ne peut plus catchy (Monstrance Clock, From the Pinnacle to the Pit) et sa scénographie grandiloquente comprenant décor de cathédrale et jets de flammes. Malgré ce qui semblent être quelques soucis techniques obligeant le Cardinal, a.k.a. Tobias Forge, à quitter la scène toutes les trente secondes, on saluera en tout cas sa prouesse à chanter avec une prothèse faciale lui recouvrant l’intégralité du visage ainsi que le solo épique de saxophone par Papa Emeritus Nihil (0).

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On termine ensuite la soirée, non pas avec Ozzy Osbourne, mais avec le rouleau compresseur qu’est Converge. Retournant la Warbird, la légende du hardcore emmenée par Jacob Bannon revient présenter son dernier album The Dusk In Us et ne laisse que peu de place aux morceaux de son back catalogue désormais très dense. Comme toujours avec Converge, on adore ou on déteste, mais on ne peut rester indifférent devant la maîtrise technique implacable du guitariste Kurt Ballou et du batteur Ben Koller pour un déchaînement de violence qui ne fait aucun prisonnier. De quoi nous achever dès la fin de la première soirée.

L’affiche du deuxième jour s’efface complètement pour ne plus laisser place qu’à un seul nom, celui de Thrice. Absent de nos contrées depuis plus de 15 ans (ils n’ont joué qu’une fois en France, en 2003, à Clermont-Ferrand), on s’était rendus à Londres en 2012 pour voir leur concert d’adieu avant leur hiatus à durée indéterminée. Et même si l’on était ravis de les voir revenir à la scène trois ans plus tard avec un nouvel album sous le bras, on restait frustrés que leurs différentes tournées ne passent décidément jamais par chez nous… Jusqu’au jour saint de l’annonce de leur apparition au Download, véritable miracle. Pour leur descente chez nous pauvres mortels, Thrice se manifesteront sous la tente de la Warbird Stage, telle la Vierge dans la grotte de Lourdes. Et les pèlerins ont fait le déplacement en nombre, puisque la tente déborde de fans qui n’attendent, comme nous, plus que ça pour se sentir enfin complets. L’heure de show du passera à une vitesse folle, le groupe enchaînant sans bavarder leurs morceaux (peut-être pour rattraper 15 ans de retard), la part belle étant faite à ceux issus du dernier opus des Californiens, To Be Everywhere is To Be Nowhere avec Hurricane, Blood on the Sand, le méga tube Black Honey ou encore The Window. Les fans de la première heure auront tout de même droit au hit The Artist in the Ambulance qui déchaîne le public, mais aussi le bouleversant Of Dust and Nations ou encore The Earth Will Shake. Le public présent aura aussi pu se prendre une claque avec le nouveau single single, The Grey, issu du nouvel album à paraître qui s’avère toujours plus lourd et poignant.

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Après une telle claque live et la promesse de prochains concerts en France, difficile de se remettre. Sur la Main Stage 2, les légendes du punk à roulette NoFX et leur gouaille toute aussi légendaire ne parviennent pas vraiment à conquérir. Le public est bien présent malgré la polémique récente autour de la blague de très mauvais goût de Fat Mike et Eric Melvin sur la tuerie de Las Vegas (qui leur aura valu de se faire bannir des salles de concert américaines), mais l’atroce Eat the Meek, titre reggae issu du pourtant très bon So Long and Thanks for All The Shoes, nous oblige à fuir pour essayer de chopper une bonne place sous la Warbird pour LE groupe le plus attendu des 4 jours du Download: les bienheureux Ultra Vomit.

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C’est pourtant peine perdue tant il y a de monde (six à sept fois plus de spectateurs à l’extérieur de la tente qu’à l’intérieur, au jugé), et il faudra jouer des coudes pour espérer apercevoir la scène sur laquelle monte le groupe au son du générique de Fort Boyard. Spectacle à mi-chemin entre un concert et un festival Juste pour Rire, les Nantais enchaînent blagues potaches voire carrément débiles et chansons tout aussi génialement stupides. On se fend la poire aux rythmes des parodies de Gojira et Calogero (la bien nommée Calojira) et de Rammstein, de leur Wall of Chiasse sur Pipi Vs Caca et aussi de leur tube incontournable Je Collectionne des Canards (Vivants) qui entraîne le plus grand (mais aussi le seul) chœur de « Coins coins » du Download par une foule en véritable délire (qui ne se fera d’ailleurs pas prier pour faire une chenille géante sur la reprise metal de… Et bien de La Chenille qui Redémarre. De quoi donner envie à tous ceux qui ne l’avaient pas fait de prendre leur place pour l’Olympia du groupe en octobre prochain.

Retour en Californie sur la Main Stage 2 avec The Offspring qui s’avèrent aussi ennuyeux qu’ennuyés et nous permettent d’aller sans regret chercher de quoi nous sustenter avant la tête d’affiche de la journée qui n’est autre que Marylin Manson. Si le Révérend attire un bon nombre de fans et de curieux, son show n’en est pas le plus mémorable. On aura tout de même le droit d’entendre les cultes This Is The New Shit, mOBSCENE et Sweet Dreams mais la prestation du personnage Manson reste définitivement trop sage pour sa réputation.

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Le troisième jour commence plus calmement avec, à 15h30, les anglais de Wolf Alice sur la Main Stage. Le groupe de rock indie de cette édition (on ne peut oublier le set parfait des excellents Black Foxxes l’année dernière) évolue dans un tout autre registre sonore que la plupart des autres formations performant au Download, sans pour autant remiser les guitares au placard. Durant ses 40 minutes de set, Wolf Alice impressionne avec son grunge pop teinté de shoegaze, alternant titres posés portés par la voix aérienne d’Ellie Rowsell (Your Love Whore, Beautifully Unconventional) et passages plus vénères (Yuk Foo) devant un public curieux et attentif.

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Sur la Spitfire stage, leurs compatriotes Arcane Roots débutent ensuite leur concert avec un peu de retard. On avait pu les voir sous la Warbird deux ans plus tôt, ils ont entre temps sorti un album, Melancholia Hymns et un single Landslide, aux touches plus éléctroniques que leurs précédents travaux. Sur scène, leur mélange inclassable composé de mathrock, de rock progressif et de post-hardcore couplé à l’énergie naturellement présente dans la musique fait toujours autant mouche, et la voix d’Andrew Groves passe du chant clair au scream d’une facilité déconcertante. Pendant qu’à quelques dizaines de mètres, les Suédois de Royal Republic enflamment la Main Stage 2, Arcane Roots réussit à créer un véritable mur de son. On quitte toutefois le concert avant la fin afin de se placer au mieux pour la branlée certaine que nous infligera quelques minutes plus tard le showman Frank Carter et ses Rattlesnakes. Vraie machine de guerre, le chanteur de feu Gallows débarque en slip sur la scène de la Main Stage 1 sur les coups de 17h pour lancer les hostilités. A peine une chanson après le début du set, on le retrouve debout sur la foule pour Fangs, haranguant les fans qui partent au quart de tour et lançant les plus gros circle pits du Download. Les titres punk hardcore des Anglais pleuvent (Wild Flowers, Snake Eyes, Devil Inside Me..), avec pour seul répit les quelques discours du frontman, décidément proche de son public. Pour clore, la bienheureuse I Hate You dédicacée à tous les connards achève d’électriser la foule qui dresse à l’unisson des centaines de majeurs vers le ciel.

Si la réputation de Frank Carter & The Rattlesnakes n’est plus à faire, le show ravageur enfonce le clou et prouve une fois de plus que la formation est un must-see en live, au même titre que The Hives, qui occuperont la scène une petite heure plus tard. Bien que les Suédois ont plutôt tendance à donner à peu de choses près la même prestation d’un concert sur l’autre, il est toutefois difficile d’être déçu tant celle-ci est efficace. La bande à Pelle Almqvist enchaîne les succès garage (Walk Idiot Walk, Go Right Ahead, Hate to Say I Told You So) devant un public déjà acquis à sa cause avant de jouer l’inévitable Tick Tick Boom reprise en chœur par tout le Download.

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On mange tranquillement devant les Français de Mass Hysteria qui closent la Main Stage 2 et imposent le respect avec un concert très énergique avant de retourner devant la Main Stage 1 pour l’un des groupes les plus attendus, Foo Fighters. Si nous avons apprécié l’ambiance générale, l’énergie et la bonne humeur de Dave Grohl qui n’hésite pas à échanger d’instruments avec ses musiciens pour des reprises ou à inviter des amis sur scène comme le chanteur de The Struts (Under Pressure, Under My Wheels), certains des titres du groupe perdent en efficacité et en intérêt, notamment lorsque les solos s’éternisent. Les Foo s’appliqueront tout de même à donner 2h30 d’un spectacle bien huilé. Généreux !

Rendez-vous en 2019 !

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Texte : Brian Roussel
Photos : Laurent Besson

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