Rencontre // Oscar & The Wolf : « Composer est une thérapie »

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Alors qu’Oscar & The Wolf jouera ce vendredi 30 janvier sur la scène du Nouveau Casino à Paris, nous avons rencontré sa tête pensante, le compositeur et interprète Max Colombie, délicat poète nocturne, pour une interview. Le Flamand a évoqué son univers artistique romantique, ainsi que son album Entity, publié le 20 octobre dernier.

Qui est Oscar et qui est le loup ?

Ce sont tous les deux moi en fait. Oscar, c’est le rêveur que je suis le jour et le loup est l’animal en moi qui surgit dans le noir. Ce sont les côtés lumineux et sombre de ma personnalité. Oscar c’est moi à l’instant, Max, le gars qui n’est pas solitaire, qui est très entouré. J’ai besoin de l’énergie des autres pour développer mon esprit et échanger avec le plus de personnes possible. Le loup qui sort la nuit, par un soir de pleine lune, c’est une métaphore de la solitude. Je suis obsédé par la lune. Philosophiquement, la pleine lune est vue comme quelque chose de solitaire et de froid, pendant laquelle la mer est plus haute, et les émotions plus fortes. Je pense que ça affecte beaucoup l’être humain, ça joue sur ton énergie. C’est pourquoi je trouvais que c’était une bonne métaphore de mon personnage noir et solitaire.

Tu as étudié la peinture, tu es aussi fan de séries… Quel type d’art t’inspire le plus ?

En ce moment, ce sont plutôt les pièces de danse contemporaine, comme celles de Sidi Larbi. Il y a aussi les peintures de Francis Bacon, de David Hockney et d’Elizabeth Peyton. J’aime aussi beaucoup les films de Polanski et j’adore Alan Ball le scénariste de True Blood et Six Feet Under, c’est l’un de mes écrivains préférés. En littérature et poésie, je préfère Allen Ginsberg.

Quelle atmosphère tu apprécies dans ces œuvres ?

Plutôt un monde imaginaire abstrait et onirique, beaucoup de métaphores. C’est très important pour moi, ça rend la langue plus romantique. Je m’attache beaucoup à l’écriture, car en anglais il y a beaucoup de métaphores possibles, et en espagnol il y en a encore plus, ils ont des millions de différentes manières de dire « je t’aime » qui ont des significations nuancées. Donc en fait je pense que je dois absolument apprendre l’espagnol ! Mais c’est une langue difficile, même si pour vous c’est assez proche du français…

« Je pense que la musique classique est aussi pop, comme c’est super catchy, sans être expérimental »

Ta musique est un mélange de pop rock, d’électronique et de R’n’B. Par quels musiciens es-tu influencé?

Pendant la création de mon album, je me suis replongé dans le passé et j’ai écouté mes vieux Cds. Petit, j’écoutais beaucoup Sade, les Fugees, No Doubt et Laura Pausini, et je les aime encore. Quand tu es enfant, tu écoutes de la musique sans faire attention à ce que ce soit cool ou pas, tu aimes ou tu n’aimes pas, c’est tout. C’est une façon vraiment honnête d’aborder la musique. J’ai donc essayé de me replonger dans ce temps. Mais sinon, en ce moment, j’écoute plutôt de la musique classique. Tu peux entendre certaines de ces influences sur le disque, dans le jeu du piano. Enfin, c’est peut-être plus post-classique. Je pense que la musique classique est aussi pop, comme c’est super catchy, sans être expérimental.

Tes morceaux peuvent parfois se révéler très sombres. Est-ce que chanter des choses joyeuses te serait aussi facile, ou bien est-ce que la noirceur t’es indispensable pour créer ?

Oui, c’est indispensable, parce que composer de la musique est une sorte de thérapie. Et la thérapie part toujours d’un sentiment négatif. C’est la base dont je pars pour composer. Quand je suis heureux, je n’y arrive pas, c’est impossible.

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Quel est ton processus d’écriture ?

Ça dépend. Parfois, je commence avec le piano, parfois avec les beats, parfois avec la guitare. Je crée le son, puis je pose le chant, puis je retourne au son. La plupart du temps, c’est terminé en un jour. Si ce n’est pas le cas, c’est pas bon. Quand tu as le feeling et qu’en suite tu t’arrêtes car tu dois faire quelque chose, après c’est trop tard, tu as perdu ce feeling. Parfois c’est chiant, car je dois partir faire quelque chose et je me dis « fuck ! ». Certaines fois, je suis pas chez moi, j’ai envie d’écrire et je peux pas, alors je me dis « bye bye feeling ». La composition n’est pas une chose facile.

Tu as composé ton album dans ta chambre. Tu ne ressens jamais le besoin de te retrouver dans un lieu inconnu pour écrire ?

Si j’ai composé dans ma chambre, c’est surtout parce que j’y ai tout mon matériel. Je préfère composer la nuit, comme ça mon téléphone ne sonne pas et je ne suis pas dérangé. Quand quelqu’un m’appelle et me propose de sortir, je ne sais pas dire non! À 3h du matin, plus personne ne m’appelle donc c’est le bon moment.

Si tu pouvais choisir n’importe quel lieu pour composer, où irais-tu ?

Là où je compose maintenant, c’est bien. Si j’étais dans un bel endroit je n’aurais pas envie d’enregistrer, j’aurais envie de me balader !

Tu as réalisé une reprise de Freed From Desire de Gala. Est-ce que tu es nostalgique des années 90 ?

Oui, puisque j’ai grandi à cette période. J’étais un grand fan de ce morceau quand j’étais plus jeune. Je l’avais oubliée et je l’ai réentendue il y a deux ans, et j’ai trouvé que les paroles étaient géniales. C’est vrai, tu ne peux jamais être libéré de ton désir, sauf si tu es mort, car tous les êtres vivant ont du désir, donc pour moi cette chanson est à propos de la mort. C’est pour ça que j’en ai fait une version triste. Je pense qu’il faut toujours faire des versions très différentes quand tu fais une reprise, sinon c’est un peu triste d’écouter une pure copie.

Pour finir, quels groupes belges nous recommanderais-tu ?

Stupid Bright Confetti ! C’est pas très connu, elle ne fait plus de concerts, elle a composé il y a quatre ans et elle vient d’enregistrer un truc vraiment lofi sur son ordi, je pense que c’est la plus belle musique que j’aie jamais entendue. Mais vous pouvez juste le trouver sur Soundcloud. Elle chante Quoi de Gainsbourg « Notre amour fou ne laisserait que des cendres » Oh mon dieu, j’adore, c’est génial.

 

Retrouvez notre chronique de l’album d’Oscar & The Wolf , qui figure aussi dans notre top 30 des albums de 2014.

Propos recueillis par Aurélie Tournois // Photographe: Jacques de Rougé

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