Rencontre // Radio Elvis // Le Printemps de Bourges 2015

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L’avenir sourit à Radio Elvis, vainqueur du Prix du Jury des Inouïs du Printemps de Bourges. En promo toute la journée précédent leur concert, nous avons pu gratter dix minutes avant leur conférence de presse. « C’est notre première. On se croirait après un match de foot. » Le trio de rock littéraire, inspiré et ambitieux, affiche son envie de conquérir les scènes de France.
Vous sortez un EP, et vous êtes déjà bookés sur des dizaines de dates. Comment ça se fait ?

Pierre Guénard : On a un bon tourneur, qui connaît bien le projet et a un réseau qui nous correspond. En plus, c’est une tournée « découverte », avec pas mal de premières parties, des tremplins, des festivals « découvertes » aussi. C’est peut-être la période la plus facile. Une tournée d’album, c’est plus compliqué.

Est-ce facile d’être en position de challenger, quand vous avez tout à prouver ?

PG : Disons qu’en ce moment, les dates en appellent d’autres et on bénéficie d’une bonne critique. Mais on a qu’un EP, il reste pas mal de preuves à faire. Les gens nous demandent de les faire sur scène pour l’instant. C’est peut-être pour ça qu’on a beaucoup de dates.

Quand j’ai écouté « Radio Elvis », je pensais entendre du rockabilly. Je ne saisis pas la référence de votre nom de groupe.

PG : Il n’y a aucune référence. C’est un hasard. J’ai trouvé ça en écrivant une chanson. Cette expression est née à la façon d’un cadavre exquis. Ces deux mots qui n’ont rien à voir se sont collés et je trouvais que ça sonnait bien. Donc j’ai gardé ça comme ça.
En parlant de ta façon d’écrire, j’ai lu que tu écrivais en lisant. Est-ce une méthode ?

PG : Non, ce n’est pas automatique. J’ai juste remarqué que c’est souvent en lisant que des idées me venaient, car certains mots résonnent particulièrement dans ma tête et font appel à d’autres. Il y a aussi des chansons où l’on peut voir une seconde lecture de certains textes que j’ai pu lire. Mais ce n’est pas automatique, ce n’est pas une méthode. Comme un paysage peut suggérer des mots, un livre peut en suggérer également.

Vos chansons évoquent le voyage. Vous êtes voyageurs vous-mêmes ?

Colin Russeil : J’aime bien voyager à travers mes projets, ou même tout seul. Mon plus long voyage, c’était aux États-Unis, un road trip de 6 mois. Ce n’était pas spécialement pour faire de la musique, au contraire c’était pour m’échapper. Mais au final, ça m’a inspiré.

PG : Peut-être que si on naviguait, on n’aurait pas besoin de parler de bateaux. Je pense que c’est l’idée-même du voyage qui est inspirante. Ce n’est pas tant le voyage en lui-même, mais ce que ça véhicule comme métaphore. Le plus important dans un voyage, c’est le retour. Ça fait appel à plein de choses assez intimes, à savoir d’où l’on vient, où on veut aller, de façon assez introspective.

Je vous ai découvert en première partie de FAUVE≠, un autre récent talent francophone. Vous vous sentez proches d’eux ?

PG : On les avait croisés auparavant. Ils avaient enregistré leur batterie dans le studio où l’on répète.

CR : Moi, j’aime beaucoup leur démarche de groupe indépendant, qui gère tout seul son activité. Ils ont une super façon de faire du merchandising, en imprimant eux-mêmes leurs t-shirts lors des concerts. C’est super. On est aussi un jeune groupe qui chante en français, mais artistiquement, je trouve qu’on n’est pas si proches.

PG : Peut-être qu’ils ont ouvert une brèche qui s’était un peu refermée ces dernières années. Avant, le rock français était soit engagé politiquement, soit très léger dans les paroles, comme Granville. Ils ont rouvert une brèche où l’on peut faire de la musique actuelle en français, de façon assez décomplexée en abordant des sujets intimes, sans tabou. Comme pour le slam, qui existait depuis longtemps mais qui s’est démocratisé avec Grand Corps Malade.

… dont tu as fait la première partie.

PG : Non, j’ai juste fait une scène slam avec lui. Tout le monde sur Internet dit que j’ai fait sa première partie, ça a été repris et transformé. Un jour, je vais apprendre que je suis son frère ! (rires) À l’époque, j’étais assez actif dans le milieu du slam avec des potes de Tours. On a fait une scène à Loches, où il était invité.

Comment as-tu fait la transition entre le slam et la chanson ?

PG : J’ai toujours voulu faire de la musique. Le slam, c’était en attendant d’avoir un groupe, car je ne savais pas comment m’y prendre. C’était un prétexte pour écrire et monter sur scène. Ça m’a permis de savoir ce que je ne voulais pas faire dans l’écriture, ce qui ne fallait pas faire sur scène. Finalement, je n’écris pas du tout la même chose dans mes chansons et mes anciens textes de slam. Il y a eu une transition assez particulière où j’essayais de mélanger les deux. J’ai compris qu’il fallait que j’écrive des chansons, ça a été assez long… et j’apprends encore.

 

Propos recueillis par Ulysse Thevenon // Photos: Elise Schipman

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