Festival Beauregard // 3, 4 et 5 juillet 2015

Pour la quatrième année consécutive, on s’est rendus en équipe au festival Beauregard afin de faire le plein de découvertes et de retrouver sur scène plusieurs de nos artistes préférés. Encore une fois, on a frissoné, dansé, hurlé, et on s’est surtout régalés. 

Après deux heures occupées à passer en revue les artistes à l’affiche du festival calé dans un fauteuil de TER intercité, nous voici aux portes du parc de Beauregard, sous un soleil de plomb. A l’ouverture, on file directement devant la scène où doit se produire d’une minute à l’autre Electric Octopus Orchestra.On avait déjà pu découvrir en live les sympathiques Perpignanais à la Flèche d’Or à Paris il y a quelques semaines. On avait également pu faire un brin de causette avec la moitié du duo Christophe, au chant, très en forme ce soir là et arborant de magnifiques santiags en cuir rouge. Un détail qui n’a évidemment pas échappé à Dancing Feet ! Cette fois, nous avons rendez-vous sous le radieux soleil normand, en début d’après-midi. Il est 16h30. Un créneau pas facile pour un groupe qui en plus ne joue pas chez lui. Si la pelouse de Beauregard est encore plutôt clairsemée à cette heure-ci, le rock décomplexé de ce duo guitare-batterie au look déjanté (pantalon zébré et santiags en croco véritable pour le chanteur) attire de plus en plus de spectateurs devant la scène, jusqu’à un final chaudement applaudi.

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Leur set terminé, on commence cette journée de va-et-vient en se rendant devant la scène où s’apprête à performer Gomina. Les Normands jouent à domicile, et nombreux sont les fans de la première heure dans le public. Nous-mêmes attendions avec impatience de découvrir enfin en live ces petits génies de la pop made in Calvados, qui avaient rejoint notre dernière compilation. Le quartet vient d’ailleurs de publier son premier album Prints. Peter Bannier, Julien et Nicolas Wobveille et Nicolas Varin se sont lancés il y a cinq ans, décidant de prendre le risque d’exclure la guitare de leurs compositions. Ici, l’espace sonore laisse donc place libre aux mélodies vaporeuses des claviers et synthétiseurs. Entre mélodies pop entêtantes (Asleep, Sun’s Gone) et ballades lyriques (Hotel Biarritz, Airline), on reconnaît à l’oreille les influences psychédélique de Tame Impala ou de Beach House.

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Place maintenant au dandy Baxter Dury, qui débarque sur scène dans la nonchalance la plus totale. En chemise bleue et blanche à motifs palmiers sous son costume gris, le British affiche des lunettes de soleil et câline longuement ce qui s’apparente à une bouteille de Calvados. Sa copine, visiblement dans un état second, débarque sur scène au bout de cinq minutes de set en lui apportant sa clope, se lançant dans des danses aux mouvements aussi lents qu’approximatifs. Aux choeurs et au clavier, on retrouve la française Fabienne, qu’on avait pu apercevoir il y a quelques années au chant au sein de We Were Evergreen. Entre cris d’animaux et gorgées d’alcool pur, le dandy nous offre un beau panel de son répertoire, dans lequel figurent morceaux de son dernier album It’s A Pleasure comme titres plus anciens (Happy Soup).

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C’est ensuite au tour du groupe d’acid punk japonais et londonien d’adoption Bo Ningen de déchaîner les foules. On ne se rendra compte qu’au milieu du concert, lorsque la caméra du festival filme les musiciens en gros plan, que les cinq créatures qui font onduler leur chevelure noir de jais en décoiffant leur frange et font virevolter leur robe sont en réalité des hommes. Le long de leurs morceaux puissants et cathartiques, le bassiste se lance dans des grimaces effrayantes, avant de se mettre en devant de scène pour mieux se rapprocher de son public puis de faire tournoyer son instrument dans une rage improbable. Leur set se terminera finalement sur une longue improvisation se prolongeant en apothéose dans la résonance des guitares, laissées à l’abandon forcé par des roadies un peu pressants.

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Plus loin, on se rapproche de la scène où vient de commencer le concert de Dominique A. Le chanteur, qui vient de publier son dixième album intitulé Eléor au mois de mars, diffuse en douceur ses chansons poétiques aux textes finement ciselés. On se prend d’ailleurs à rêver sur Le courage des oiseaux, magnifique tube écrit par le Français il y a plus de vingt ans et repris depuis par Baden Baden et Cats On Trees, entre autres.

Et bim ! Cypress Hill débarque sur scène. Les voix antinomiques de B-Real et Sen Dog se répondent, créant un jeu de scène parfait qui fait monter l’excitation du public à son paroxysme. Dans la fosse, les sourires s’affichent sur tous les visages, et bientôt, on se prend à balancer les bras sur les rythmiquement parfaits Tequila Sunrise ou Insane In The Membrane. Quelques minutes plus tard, leur reprise de Jump Around de House of Pain nous fait bondir sans relâche. Alors qu’ils sont le seul groupe de hip hop programmé, les Américains tirent leur épingle du jeu et rassemble au fur et à mesure une foule de plus en plus résolue à faire la fête au rythme de leur flow entraînant.

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On entend de loin Christine And The Queens qu’on a d’ailleurs un peu trop entendue/vue/lue partout cette année, et on se place en pole position pour Alt J. Réduit à un trio depuis le départ de leur bassiste Gwil Sainsbury annoncé sur Twitter au mois de janvier, la formation de Leeds nous plonge dans une ambiance aussi sombre qu’intense, sous une nuit noire éclairée uniquement par des spots à l’atmosphère brumeuse. La scène à peine illuminée, on revit avec émotion les titres d’An Awesome Wave (2012) tels que Mathilda, Breeze Blocks ou Tessellate et l’on découvre en live ceux de This Is All Yours, publié à l’automne 2014. Joe Newman, Gus Unger-Hamilton et Thom Green nous offrent ainsi une parenthèse hors du temps, où l’on se laisse transporter par les pulsations et un chant lancinant qui vient creuser au plus profond de notre âme.

Après le calme vient la tempête. Jungle donne le ton dès son entrée en scène : ce soir, c’est la fête. Le groupe de modern soul aux accents funk nous transporte quarante ans en arrière, au beau milieu des seventies. Partout dans le festival, que ce soit les fans collés à la scène ou les festivaliers situés plus loin sur la pelouse, tout le monde danse au son de The Heat, Busy Earnin’, Platoon, Time et leur dernier single Julia, sorti en début d’année. Les Londoniens, qui ont publié en 2014 leur premier album éponyme, terminent la journée en apothéose avant le set d’Etienne de Crécy.

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On sera passé par toutes les phases émotionnelles possible ce premier jour à Beauregard, et on attend avec impatience demain les concerts de Florence + The Machine, des Strypes, de Johnny Marr et de The Do. Notre seule grosse déception du jour sera l’annulation du concert de George Ezra, tombé malade quelques jours plus tôt. En ce vendredi soir, l’organisation de Beauregard lui cherche encore un remplaçant. Dommage, on aurait adoré entendre la voix disproportionnellement grave du crooner blondinet résonner dans l’enceinte du parc.

Deuxième jour, et un soleil toujours intense. Si l’on avait été d’emblée séduits la première fois qu’on a vu Talisco en concert, on n’aurait pu penser que le plaisir de les voir en live s’emousserait au fil des années. Il n’en est rien, revoir Jérôme Amandi et ses musiciens sur scène est toujours un plaisir, qu’on goûte en fermant les yeux, afin de se laisser transporter au milieu des plaines américaines le long de l’électro-folk magique de Your Wish. Un peu plus tard, en conférence de presse, souriant, humble et détendu, il confiera être en pleine préparation de son prochain album. On est impatients d’entendre ça.

C’est maintenant le moment de retrouver The Strypes. Depuis l’an dernier, ils ont bien changé. Outre un passage chez le coiffeur, ils font preuve de beaucoup plus d’assurance. On avait déjà pu apercevoir les Irlandais place de la République pour le festival Ouï FM Soirs d’été quelques jours auparavant. Encore une fois, on ne peut que constater leur maitrise et leur professionalisme impeccable. Les très jeunes musiciens en oublieraient presque de se lâcher un peu. Qu’importe. Leur rock’n’roll puissant fait se déhancher les festivaliers, et nous avec.

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Sur l’autre scène, c’est au tour de Johnny Marr de débarquer sur scène. Aperçu en backstage à peine une heure avant son concert, l’ex-bassiste des Smiths ne fait définitivement pas ses 51 ans. Après un Easy Money qui fait danser de joie les spectateurs jusque loin derrière les premiers rangs, l’Anglais régale les festivaliers avec des reprises de la formation qui l’a fait connaître au début des années 80 tels que le magnifique How Soon Is Now, qui prend toute son ampleur en résonnant à travers le parc de Beauregard.

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Florence + The Machine est celle que tout le monde attend. Si sa musique connaît un engouement consensuel, je n’ai jamais vraiment ressenti « la petite étincelle » en y prêtant l’oreille. Dire que si je n’avais pas été présente ce jour là, à cette heure là, à Beauregard, ma vie aurait été différente, serait je l’accorde légèrement exagéré. Mais en véritable fée rousse toute habillée de blanc, la majestueuse Florence déverse une énergie époustouflante, sa chevelure virevoltant comme une flamme. La grande prêtresse se lance dans de folles danses, tandis que sa voix fait frissonner par sa clarté, sa force parfois violente et ses envolées lyriques. Le public est transcendé par ce que dégage l’Anglaise, dont l’âge (28 ans au compteur) détonne avec une telle maîtrise. Après avoir présenté ses jolies et talentueuses choristes, elle introduit auprès du public sa section de cuivres. Dans un final qui arrive un peu trop tôt, la chanteuse invite deux fans au premier rang à la rejoindre sur scène et leur fait un câlin… pour que les demoiselles se ruent sur leur téléphone pour se prendre en selfie avec leur idole, sans même la regarder dans les yeux.

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On choisit le créneau Julien Doré pour aller manger un morceau. On entendra tout de même le blondinet chanter Lipstick depuis le stand à burritos. A la base pas notre came, on ne changera pas vraiment d’avis sur l’ex-candidat à la Nouvelle Star, bien qu’on lui reconnaisse un certain talent de showman. On arrivera à temps pour le voir traverser la fosse et grimper au sommet de la régie sur Paris-Seychelles, avant qu’une pluie de confettis blancs ne tombe délicatement sur les festivaliers comme des flocons de neige. Avec son dernier album Love, Julien Doré a su réchauffer l’ambiance, alors que le la nuit commence à pointer le bout de son nez.

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La meilleure surprise de ce festival, c’est sans aucun conteste Sting. Alors que l’on s’attendait à remuer gentiment de la tête sur Roxanne et So Lonely, c’est un véritable tempête émotionnelle que nous a offert l’ex-chanteur de The Police. Si l’homme, désormais barbu, a physiquement prix un petit coup de vieux, sa musique, elle, n’a pas pris une ride. On se rend compte bien vite avec surprise de la multitude de tubes de l’artiste et l’on se retrouve bientôt à s’époumoner en hurlant et sautant de joie, comme replongés au plus profond de nos souvenirs d’enfance (si vous aussi vous avez grandi dans les années 90). Au final, alors qu’on ne nourrissait que très peu d’attente face à la venue de l’Anglais, son set est celui qui nous aura le plus fait prendre notre pied.

C’est à The Do que revient l’honneur de clore cette deuxième journée. C’est avec le titre par lequel ils se sont fait connaître en 2007 On My Shoulders qu’ils lancent les hostilités, pour le plaisir infini de leurs fans comme de ceux qui n’ont pas forcément suivi l’ensemble de leur discographie depuis. Le duo franco-finlandais vient de publier son troisième album Shake Shook Shaken sur lequel ils ont décidé de s’affranchir de leurs classiques instruments acoustiques, se contentant uniquement d’un laptop et d’un clavier. Sur scène, Olivia Merilahti et Dan Levy se remémoreront avec un petit pincement au cœur leur session d’enregistrement dans un château d’eau du 18e siècle à la campagne en Normandie. Et bientôt, on se retrouve à danser, comme en transe, sur les puissants Slippery Slope et Despair, Hangover & Ecstasy. Après ce moment magique, on quitte les lieux en sautillant et sifflant, un sourire béat aux lèvres. Vivement demain.

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Le dernier jour à Beauregard a chaque année un goût amer. « Déjà le troisième jour ?! » se lamente-t-on intérieurement, tout en s’ordonnant de profiter du moment présent. De toutes façons, on est vite arrachés à nos apitoiements par l’arrivée sur scène d’Elecampane, venus finalement en renfort pour remplacer George Ezra, tombé malade et hospitalisé depuis, qui a du annuler l’ensemble de ses dates françaises les jours suivants. Les Normands ne nous sont pas inconnus. Et pour cause. Au line up : Nicolas Delahaye, Augustin Hauville et Guillaume Aubertin, respectivement chanteur, bassiste et batteur de Concrete Knives, qui occupent dans leur nouvelle formation chacun le même poste. Niveau son, les compositions inspirées des années 90 d’Elecampane, s’opposent aux mélodies dansantes de Concrete Knives. Excellente surprise à prolonger avec l’écoute de leur premier EP fraîchement sorti High Hopes.

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L’horaire de la conférence de presse du festival coincide très malencontreusement avec le concert de Django Django, et l’on est encore loin de la scène quand résonnent les meilleurs morceaux des Londoniens. Avec leur second album Born Under Saturn sorti début mai, ils confirmaient la dextérité et la facilité dont ils avaient fait preuve avec leur premier effort en 2012. Emmené par le batteur écossais David Maclean, accompagné de Vincent Neff à la guitare et au chant, de Jimmy Dixon à la basse et de Tommy Grace au synthétiseur, le groupe s’est fait connaître en 2009 avec l’excellent Storm,  électro-rock teinté de psychédélisme et saupoudré d’harmonies.Depuis leurs mélodies se sont enrichies des influences glanées par David au Mali aux côtés de Damon Albarn et de son projet Africa Express. En ressort entre autres l’excellent First Light qui prend toute son ampleur dans le parc de Beauregard.

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Après un set émouvant d’Asaf Avidan, porté par sa voix androgyne si particulière accompagnant le coucher du soleil à la perfection, on s’avance vers la scène où Benjamin Clementine vient de s’installer au piano.Le jeune Londonien avait quitté la Tamise pour rejoindre les lumières de la capitale française il y a quatre ans. Au mois de janvier, il a publié son premier album, intitulé At Least For Now. Devant une foule au silence quasi-religieux, il entonne ses morceaux intimistes. Malheureusement, sa voix se perd dans l’immensité du festival, ce qui empêche un peu de rentrer véritablement dans l’ambiance. Au final, on attendra de pouvoir les voir dans une petite salle pour vraiment profiter de ses morceaux hypnotisants.

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Changement de scène, d’ambiance et de décennie avec Etienne Daho. Alors que trois générations se pressent devant la scène, le chanteur enveloppe la pelouse de nostalgie avec Week-end à Rome, Comme un boomerang, ou la bande originale éponyme du film Le premier jour du reste de ta vie. Si l’on était plutôt dubitatif au début du set, on finira le concert les points vers l’avant avec les copains à l’unisson, élevant le chanteur au rang de gourou.

Après la prestation des Canadiens de Timber Timbre, dont l’atmosphère sombre à la Nick Cave vient accompagner la tombée de la nuit, c’est à la pop star Lenny Kravitz que revient la mission de cloturer le festival. Si le public se trouvait légèrement clairsemé devant les précédents concerts de ce dimanche, cette fois, on retrouve l’ensemble des festivaliers rassemblés autour de l’Américain. A 51 ans, le chanteur est une véritable machine à tubes. On se souvient de nos années collège et lycée avec American Woman et autres titres de l’époque. Le set, sans surprise, donne un peu l’impression d’écouter la version studio. Si l’on finit par s’ennuyer un peu le long de morceaux trop récents pour avoir retenu notre attention d’ado, on ne peut s’empêcher de s’attendrir tout niaisement lorsque l’artiste à la coupe afro fait monter sur scène un petit garçon complètement fan sur scène, avant de lui faire un câlin et de lui offrir les baguettes de la batterie.

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Encore une fois, Beauregard nous aura offert de jolis moments de découvertes, de mélodies puissantes et bouleversantes et de complicité, sous un soleil qui n’a pas manqué à son devoir. En souvenir, on gardera même quelques jolis coups de soleil. A l’année prochaine, John !

 

Rédactrice: Aurélie Tournois // Photographes: Emmanuel Gond et Jacques de Rougé

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