Interview // Aurora : « Nous sommes tous des guerriers »

Emmitouflée dans un manteau de fourrure, AURORA a l’air d’avoir été élevée par les loups. Mais ne vous y trompez pas, derrière son visage diaphane et sa voix aérienne se cache une forte personnalité. Du haut de ses 19 ans, la jeune Norvégienne autodidacte bouscule la pop et mène sa barque comme elle l’entend. Nous l’avons rencontrée avant son concert aux Etoiles.

Aurora portrait miroir

Quelle est ton histoire ?

AURORA : Je suis née en Norvège et j’ai grandi à Bergen, sur la côte ouest. J’ai toujours adoré la musique, danser, chanter, toutes ces activités artistiques et créatives, tous ces moyens d’expression. Et très naturellement, j’ai commencé à jouer du piano à l’âge de 6 ans.

Mais comment tu en es arrivée là ?

Je n’en ai pas la moindre idée ! J’adorais le son de cet instrument. Il y en avait un à la maison donc j’ai voulu apprendre à jouer, j’écoutais beaucoup de musique classique à cette époque. J’essayais de reproduire les morceaux que j’entendais. C’est quelque chose qui m’amusait beaucoup. Et vers l’âge de neuf ans, j’ai commencé à écrire des chansons. C’est quelque chose qui m’est venu très tôt en fait. J’étais une enfant très sensible donc j’avais besoin de m’exprimer de différentes façons. Ecrire des chansons, composer, ça a été un très bon moyen pour moi de le faire. J’avais besoin de me soulager. Mais à l’époque, pour moi c’était simplement un hobby. Je n’imaginais pas du tout qu’un jour, je deviendrais une artiste et que je me produirais sur scène. Je voulais juste écrire des chansons ! C’est encore très bizarre pour moi. Et amusant ! Mais j’étais à mille lieues de me douter que je jouerais à Paris !

Est-ce que tu dirais que ta vie en Norvège transparaît dans ta musique ? Qu’est-ce que ça donne une enfance à Bergen ?

Je n’ai pas vraiment grandi à Bergen mais plutôt assez loin dans la campagne, sans voisin. Je vis presque dans la forêt, à proximité de la mer. Tout ce qui m’entoure, c’est la nature et je pense que c’est pour ça que c’est ma principale source d’inspiration. J’adore faire de grandes balades dans la forêt et j’adore les animaux, quels qu’ils soient, même les puces ! (rires). Mais je m’intéresse aussi aux gens, à leurs expériences, ce qu’ils vivent, ce qu’ils ressentent.

D’ailleurs sur tes photos, tu apparais souvent avec des mites !

Oui, je les adore, je trouve qu’elles sont magnifiques même si la plupart des gens les détestent et cherchent à s’en débarrasser. J’essaye d’embrasser tout ce qui vient de la terre, d’aimer tout ce qui nous entoure sur cette planète.

Ton premier single  Awakening est sorti sous ton vrai nom, Aurora Aksnes (prononcez « Axsnès »). Tu es ensuite devenue AURORA. Qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui t’a poussé à faire disparaître ton nom de famille ?

En dehors du fait qu’il est difficile à prononcer ? J’aime que les choses soient ordonnées, symétriques. Je suis très bordélique la plupart du temps mais il y a certaines choses qui doivent parfois être faites dans un certain sens. Je ne sais pas comment l’expliquer. Le nom « AURORA » est symétrique. C’est pour ça que je l’écris avec des lettres capitales.
Et surtout, je trouve ça plus détendu. Mes amis m’appellent Aurora. Je voulais que ce soit pareil pour mes fans.

A ce propos, tu as une communauté très active sur internet. Tu postes souvent des photos et des vidéos et tu interagis énormément avec eux. C’est important pour toi ?

Oui, absolument. Ma page internet et les réseaux sociaux sont le seul moyen que j’ai pour échanger avec mes fans. C’est une manière simple d’être en contact avec eux. Je veux leur montrer que je les apprécie et que ça représente beaucoup pour moi. Parce que j’ai besoin d’eux ! N’importe quel artiste qu’il soit écrivain, peintre ou autre a besoin qu’on apprécie son travail.

Sur internet, tu appelles tes followers « Warriors and weirdos » (les combattants et les bizarroïdes). Qu’est-ce que ça veut dire ?

En fait, c’est assez rigolo. Mes fans n’arrêtaient pas de me demander comment je voulais qu’on les appelle. Ils me disaient : « Que sommes-nous, AURORA ? ». J’ai cherché sur internet et j’ai remarqué que les gens se donnent des noms en fonction de leur artiste préféré. Il y a les Katys Cats qui adorent Katy Perry, les Smilers qui sont fans de Miley Cyrus… Mes fans voulaient que je leur trouve un nom. J’ai pensé que ce serait pas mal parce que je n’avais pas du tout envie qu’ils soient les « Auroras ». J’aurais eu l’impression d’être une sorte de reine et qu’ils étaient mes pages. Je ne trouvais pas ça correct. Pour moi, c’est important qu’on puisse se considérer comme un guerrier. Et ça, on peut le faire, qu’on aime ma musique ou pas. Parce qu’on est tous des guerriers et je voulais que les gens s’en souviennent. On affronte tous des choses qui nous font peur. C’est une pensée positive et je veux que mes fans sachent qu’ils sont des guerriers. « Weirdos », ça vient du fait que j’étais une petite fille très bizarre quand j’étais petite. Pour moi, ce n’est pas une mauvaise chose mais la plupart des gens s’éloignaient de moi. J’avais envie de dire à mes fans : « peut-être que je suis un peu bizarre, mais tout va bien ! ».

Comment fais-tu pour conserver cette bizarrerie dans l’industrie du disque. Peux-tu garder tes particularités ?

C’est difficile parce qu’on me demande en permanence d’être moins comme ci et plus comme ça. Les gens, les labels, veulent que je sois appréciée par le plus de monde possible. Alors plus tu es normale, plus le public te comprend et s’identifie à toi. Mais j’essaye de faire les choses comme j’ai envie de les faire. Je m’écoute de plus en plus, j’apprends à dire non. Et je deviens meilleure à ce jeu qu’au début. Parce que tout ce que je vais créer va être fait sous mon nom. C’est moi qui écris mes chansons, qui décide de la tournure que doivent prendre les choses. C’est quelque chose de très important pour moi. Je travaille tous les jours, ça mobilise toute mon énergie donc je veux être fière de ce que je réalise. Je vais me battre.

Aurora interview dancing feet

Le thème de la fuite apparaît à deux reprises dans ton EP avec Running with the wolves et Runaway. Est-ce que tu essaies de fuir quelque chose quand tu chantes ?

Si j’avais besoin de m’enfuir, je lirais un livre de science-fiction ! Je n’écris pas des chansons pour m’enfuir mais plutôt pour essayer de comprendre des événements passés. Le fait que les deux chansons parlent de fuite est une coïncidence. Running with the wolves parle de la liberté. Runaway est plutôt sur le fait de vouloir expérimenter des choses et de réaliser que ces choses ne sont pas bonnes pour toi. Tu as envie de rentrer à la maison, d’être un enfant et de te sentir protégé à nouveau.

C’est amusant parce que quand tu as écrit ces chansons, tu ne pouvais pas imaginer que tu serais en tournée et que tu aurais peut-être envie à certains moments de rentrer chez toi.

Non, je n’avais jamais imaginé qu’un jour, je ferais tous ces concerts loin de chez moi. C’est étrange quand je repense à moi seule dans ma chambre en train d’écrire cette chanson. Je pense que j’avais environs 11 ans quand j’ai écrit Runaway. Quand j’y réfléchis, effectivement je trouve ça étrange que cette chanson corresponde aussi bien à ma vie d’aujourd’hui. Je peux encore la chanter et elle me parle.

Après cet EP, j’imagine que tu es en train de travailler sur un nouvel album…

C’est fait ! Il est fini ! Il sortira début 2016. Il contient 12 chansons. Je ne sais pas encore comment il va s’appeler. Je crois que ça viendra quand il sera complètement fini, que je l’aurais écouté, que j’aurais vu la photo sur la jaquette… Pour l’instant, je préfère attendre encore un peu. Parce que je ne veux surtout pas me tromper de nom !

Le Wikipedia français te compare à Björk. Est-elle une de tes sources d’inspiration ?

Je n’aime pas trop être comparée à d’autres artistes parce que je pense qu’on a tous le droit d’être nous-mêmes mais… je suis une immense fan de Björk donc je n’ai aucun problème avec cette comparaison !

Katy Perry adore ta musique, elle est déjà venue voir un de tes concerts. Est-ce que vous allez travailler ensemble ?

Je ne pense pas. Je crois qu’on vient d’univers musicaux trop différents. Et je ne pense pas qu’elle ait besoin de moi de toutes façons. On n’en a pas vraiment parlé quand on s’est rencontrées.

Aurora paris dancing feet

LA PLAYLIST D’AURORA

Goldmund – Image-Automn-Womb
Arrival Of The Birds – The Cinematic orchestra
Teardrop – Massive attack
All We Want Is Love – Ane Brun
Brother Sparrow – Agnes Obel


Propos recueillis par Kim Biegatch // Photographe : Jacques de Rougé 

On vous raconte le concert d’Aurora au Sziget

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