Le Choc du futur, 24 heures dans la vie d’une musicienne

Paris, 1978. Une jeune femme se réveille au son de la radio qui diffuse une bluette pop indigeste. Très vite, elle y coupe court, allume une cigarette et se passe la cassette de Supernature. Plus à son goût, le tube de Cerrone lui inspire quelques mouvements de gymnastique et autres pas de danse. Déambulant dans la pièce d’à côté, elle parcours du regard une impressionnante collection de vinyles, range précautionneusement la galette de Horses de Patti Smith, puis s’avance face à un mur de synthétiseurs. Sous ses doigts, les glaçantes machines semblent soudain prendre vie et invoquer les dieux de la musique.

Le Choc du futur

C’est à travers ce rituel matinal que nous faisons connaissance avec Ana Klimova, jeune compositrice fauchée, squattant chez un ami parti se retirer dans un ashram, et vivant de petits jobs qui n’alimentent guère son imagination et son désir de créer « le son du futur ». Nous la suivrons ainsi pendant 24 heures et la verrons tour à tour harassée par les contraintes commerciales que lui impose son manager (interprété par un Philippe Rebbot totalement dépassé par la technologie et les considérations artistiques), trouver l’inspiration à l’écoute des premiers expérimentateurs de la musique électronique (Throbbing Gristle, Aksak Maboul, Suicide), se heurter au sexisme ordinaire d’un professionnel de la musique (joué par Nicolas Ullmann en parfait goujat), et reprendre confiance en elle auprès d’autres artistes féminines (Clara Luciani et Corine, dans leurs propres rôles anachroniques).

A travers ce touchant portrait, Marc Collin, cofondateur du projet Nouvelle Vague, a souhaité rendre justice aux pionnières de la musique électronique dont les noms ne sont encore connus que de quelques rares connaisseurs. Si ce premier long-métrage semble nous plonger dans le cerveau-même de la principale protagoniste, c’est parce qu’Alma Jodorowsky, elle-même chanteuse et musicienne, incarne Ana Klimova avec une crédibilité presque documentaire, tandis que la présence de Clara Luciani (divine dans son rôle de muse) et de Corine (en sorte de marraine la bonne fée) ancre le film dans le présent et nous donne l’envie, à peine les lumières de la salle de cinéma rallumées, de s’enfermer dans un studio pour composer jusqu’au bout de la nuit.

Infos pratiques :
Le Choc du futur, de Marc Collin, avec Alma Jodorowsky, Clara Luciani, Philippe Rebbot, Nicolas Ullmann, Corine.
Sortie le 19 juin 2019.

Rédaction : Kirana Chesnel

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