Rencontre // Rich Aucoin // Petit Prince geek

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Nous avons retrouvé Rich Aucoin pour une interview par une froide après-midi de décembre, dans un Paris calme et illuminé par la présence de ce prince optimiste qui n’a décidément rien de petit. Avec cette étincelle de l’enfance qui lui colle à la peau, il nous a raconté les différentes étapes de la création de son nouvel album Ephemeral et a évoqué son hyperactivité artistique qui le disperse entre musique, cinéma, et jeux vidéos.

Tu as appelé ton album Ephemeral, en référence au Petit Prince de Saint Exupéry. Peux-tu m’expliquer le sens de cet album ?

Je voulais choisir un mot de ce livre pour donner un titre à mon album, et si je devais résumer le livre en un seul mot, je trouve que ce serait “Ephemeral” le plus adapté. Cela réprésente pour moi ce moment où le Petit Prince raconte au géographe combien sa rose est importante à ses yeux. L’ensemble de l’album souligne également des moments forts du livre.

C’est donc la suite de ton dernier album, dans lequel tu expliquais l’importance de la chance d’être vivant, et de la trop courte durée de la vie ?

Oui, cette première idée a germé. Sur We’re All Dying To Live, il y avait plus ou moins cette idée de comprendre ce que tu veux faire de ta vie. Ephemeral évoque le moment où tu réalises que tu n’auras pas beaucoup de temps pour faire ces choses. Et c’est peut-être aussi une réaction qui te pousse à enfin essayer réellement, et ça s’étend aussi aux relations entre les gens.

Est-ce que Four More Years résume cette idée ?

Oui, Four More Years est l’un de mes premiers morceaux, que j’ai écris il y a quatre ans, à propos de l’amitié et des groupes d’amis qui se font et se défont, chacun part vivre sa vie de son côté. Il y a aussi cet ami que je me suis fait il y a quatre ans aux Etats-Unis. On s’est revus, et pour rigoler, on s’est dit qu’on se reverrait à nouveau dans quatre ans. C’est aussi une référence à la durée du mandat électoral canadien. Combien c’est en France, 5 ans ? Enfin, voilà, j’aime ce double sens, brouiller les pistes.

D’ailleurs, en France tu chantes « Quatre ans de plus » …

Oui, et dernièrement j’ai changé « Get away » pour dire « Parti » et j’ai changé « I’m sorry » pour « Désolé » et « Let it go » est devenu « Laisse tomber ».

Tu traduis à chaque fois tes refrains dans la langue du pays où tu joues ?

J’ai juste commencé à faire ces changements la semaine dernière donc je n’ai pas encore joué ces morceaux dans d’autres langues. Je vais aller jouer au Pays-Bas vendredi mais ça m’étonnerait que je sois aussi ambitieux avec mon néerlandais! C’est quand même marrant, dans chaque langue, For More Years est différente à crier. Surtout en France, où vous ajoutez une syllabe de plus : « quatre ans “de” plus ». Du coup, je rajoute ce « tadada » et ce rythme en plus à la batterie. En néerlandais, ça sonne un peu criard : « Noch Vier Jahr ! » Je demanderai peut-être à mes amis néerlandais comment on dit pour « parti », parce que j’ai envie d’expérimenter au moins une autre langue.

Tu as enregistré une partie d’Ephemeral au studio Abbey Road à Londres. Comment as-tu eu cette chance, et comment cela s’est-il passé ?

J’étais en Angleterre et un ami canadien enregistrait à ce moment-là dans ce studio. Il m’a appelé et m’a invité à venir chanter les chœurs sur son album. En échange, il m’a donné dix minutes à la fin de sa session pour enregistrer ce que je voulais. Ça a été les dix minutes les plus productives de ma vie ! C’était il y a quatre ans, je n’avais que deux ou trois suites d’accords que j’ai commencé à jouer sur un mellotron. J’ai enregistré des claps et des cris, c’était chouette. C’était marrant, quand on est entrés, quelqu’un nous a arrêtés pour nous dire que c’était interdit aux visiteurs, on a expliqué quon venait enregistrer un disque, le type a vérifié sur ses registres et nous a laissé passer. Ca faisait bizarre, on était dans la même pièce que les Beatles, avec le même tapis… J’ai beaucoup joué à Rock Band sur ma Xbox et du coup je reconnaissais toute la déco !

J’adorerais faire des musiques de jeux vidéos, ça serait génial.

Est-ce que City I Love parle d’une ville en particulier ?

Non, ce morceau évoque plusieurs endroits auxquels je tiens. J’ai utilisé le mot “city”, mais ce mot représente ici plutôt une communauté, un cercle d’amis.

Tu passes beaucoup de temps à Paris, et quand on regarde ton profil facebook ou ton compte instagram, tu as l’air de connaître la capitale comme ta poche ! Quels sont les lieux que tu fréquentes le plus quand tu viens ici ?

Je vais au centre George Pompidou à chaque fois que je me rends à Paris. J’y ai été voir une galerie juste hier d’ailleurs ! J’adore, je ressens davantage d’excitation à voir de l’art contemporain que de l’art classique. L’art classique (antique et médiéval, ndlr) m’intéresse d’un point de vue historique pour comprendre une époque révolue et ses citoyens. Mais lorsque je vais voir de l’art contemporain, je ne pense pas à toutes ces choses, c’est plus une question de fraîcheur, de ressenti, surtout quand ce sont de belles oeuvres, ce qui est la plupart du temps le cas dans ce musée. Je vais aussi à Montmartre, où vivent quelques amis. J’adore la vue, quand tu montes jusqu’au Sacré Cœur. Dans ce coin-là, j’aime aussi aller boire un mojito recouvert de crème et de bonbons au bar moléculaire La Famille. Tu connais Le Refuge des Fondus ? C’est un restaurant de fondues, dans la même rue, où l’on est assis à de grandes tables en bois et on boit du vin dans des biberons. Sinon, je vais au Silencio, où l’acoustique est une des meilleures que j’ai jamais entendues, et j’aime me promener dans les jardins des Champs Elysées. En général je me déplace à vélo, mais en ce moment le temps est un peu trop froid et pluvieux !

Une de tes chansons (Want To Believe) a été choisie pour l’anniversaire des 20 ans de Playstation, et dans tes morceaux, certaines mélodies peuvent être assimilés à des sons en 8-bits. Tu viens aussi de réaliser un jeu vidéo où tu apparais en parachute. Est-ce que tu définirais comme un geek ?

Oui ! Je joue beaucoup aux jeux vidéos. Enfin, quand j’ai le temps ! Je pense qu’à Noël, je vais pouvoir me rattraper… C’est intéressant, car sur Want To Believe, il y a des bouts de samples de batterie, ce sont des sons réellement joués avec une vraie batterie, mais quand je les ais entendus dans le clip je me suis dit : « ah ouais, ça sonne vraiment comme un jeu vidéo ! » J’adorerais faire des musiques de jeux vidéos, ça serait génial.

Comment choisis-tu les vidéos que tu diffuses en arrière-plan pendant tes concerts?

Je compile beaucoup de vidéos différentes pour rythmer le show de manière cohérente avec ma musique. Je préfère les vidéos filmées par des amateurs. Le but, c’est qu’en live, en quarante minutes, tu voies des extraits de plein de trucs que tu as déjà vus, comme des films de ton enfance, ou des clips. Ca me prends un temps fou. Dans chaque pays, j’aime utiliser les références visuelles propres  à l’enfance des gens, même si moi je ne les ai pas connues. Je n’ai pas grandi en France, mais quand je fais un concert ici, j’inclue dans le show des références à des films ou des émissions françaises.

Tu vas donc utiliser des images du film Le Petit Prince ?

En fait, j’utilise un extrait depuis longtemps. Mais le truc, c’est qu’au moment où c’est diffusé, je chante sous le parachute. Donc en fait, seuls les gens qui ne sont pas en-dessous à ce moment-là peuvent le voir. C’est l’extrait où le petit prince rencontre la rose pour la première fois et où elle se transforme en parachute, il y a toute une imagerie psychédélique. Mais maintenant que je joue des morceaux tels qu’ I Am Sorry et Yelling In Sleep, il y a davantage de connexions avec le Petit Prince. Je ne pense pas que ce serait pertinent de passer le film en entier le long du set, mais faire un autre morceau sous le parachute, ce serait intéressant.

A propos du parachute, est ce que c’est vrai que tu les fais fabriquer sur commande ?

Oui ! J’avais contacté plusieurs manufactures de parachutes pour leur demander quelles étaient les plus grandes dimensions qu’ils pouvaient fabriquer pour moi… J’espère d’ici deux ans pouvoir en avoir un qui fait le double du mien ! Mais avec celui-là, je ne pourrais pas voler, il serait trop lourd. Actuellement, quand je prends l’avion, j’ai un sac en cabine pour mes instruments, et je dois prendre un bagage en soute juste pour mon parachute et mes confettis! J’ai huit parachutes, en tout. Il y en a certains que j’ai essayé de nettoyer, mais crois-moi, tu ne voudrais pas être en-dessous. Mais ils sont décoratifs, je vais probablement les prendre pour ma soirée du nouvel an à Toronto et les mettre sur les murs pour faire une déco cool.

Quand on t’a rencontré en 2013, tu nous as avoué que si tu n’étais pas musicien, tu serais sûrement réalisateur. Depuis, tu as publié des clips qui ont tout de mini courts-métrages, et choisis méticuleusement les extraits de vidéos que tu diffuses sur scène. Est-ce qu’avec tout ça, tu te sens un peu réalisateur maintenant ?

Non, pas encore. Pour le moment, c’est plus un entraînement, mais plus tard, peut-être. J’aimerais commencer à faire des court-métrages. Et filmer moi-même les vidéos que je diffuserai en arrière-plan, plutôt que d’aller les trouver sur internet. Je filmerais des choses différentes sur chaque tournée, avec une différente version à chaque fois. C’est la prochaine étape. Maintenant, dès que je regarde un film, je me dis: « Est-ce que je pourrais utiliser ça ? »

La semaine dernière, tu étais à Rennes pour les Transmusicales où tu as joué avec le groupe Encore !, comment cela s’est-il passé?

On a joué ensemble sur scène, ils étaient à la basse et à la batterie, ce sont d’excellents musiciens en plus d’être des mecs sympa ! Je vais rejouer avec eux au printemps au Café de la danse, avec également Salut C’est Cool.

Rich Aucoin sera en concert le 17 avril 2015 au Café de la danse. Son album Ephemeral est disponible, et très bien classé dans notre top album de 2014.

 
Propos recueillis par Aurélie Tournois // Photographe: Jacques de Rougé

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