Rock en Seine 2016 : 3 jours en compagnie de légendes et de l’avenir du rock.

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Encore une très belle édition pour le festival francilien qui, sans nous offrir de grandes révélations – comme cela avait pu être le cas l’année dernière avec Fuzz ou Wand – a été le théâtre de performances majestueuses de la part des grandes têtes d’affiche : The Last Shadow Puppets, Sigur Rós, Foals et bien évidemment l’indétrônable Iggy Pop. Ce fut aussi l’occasion de conforter notre amour pour Wolfmother, The Brian Jonestown Massacre et Kevin Morby. La scène française n’était pas en reste, représentée par les désormais incontournables La Femme, Flavien Berger et Grand Blanc mais aussi Papooz, The Psychotic Monks, Kaviar Special et les excellents Rendez-Vous. Enfin, notre uppercut dans le cœur et grand chouchou de l’année, le duo punk anglais Slaves, nous a encore offert un grand moment d’exaltation, inoubliable.

Vendredi 26 Août

Avec son dispositif de sécurité renforcé et la vague de chaleur qui a touché le pays en ce dernier week-end d’août, la 14ème édition de Rock en Seine aurait vite pu devenir pénible. Heureusement il n’en fut rien ! C’est même avec une rare fluidité que nous accédons au site du festival et, vague de chaleur oblige, même les grandes bouteilles d’eau sont acceptées et des brumisateurs sont là pour nous rafraîchir. C’est donc sans bousculade que nous nous dirigeons vers la scène de l’Industrie où Theo Lawrence & The Hearts viennent d’ouvrir le bal. Theo Lawrence n’est plus tout à fait un inconnu. Après avoir déjà joué à Rock en Seine en 2014 avec son groupe Velvet Veins, le jeune Gentilléen s’est lancé en solo et nous l’avions vu notamment en première partie de Gaspard Royant en avril dernier. Avec The Hearts, il a visiblement développé la fibre soul et bluesy qu’il affectionne tant et met parfaitement en valeur son timbre de voix chaud et éraillé. C’est prometteur pour la suite !

C’est un autre talent francilien qui s’installe ensuite sur la scène de l’Industrie, Adrien Soleiman. Saxophoniste de formation, le jeune homme a rencontré un joli succès critique avec son premier EP Rue des Etoiles, mêlant nostalgie de l’enfance et imagerie onirique. C’est mélancolique et poétique.

Autrement dit, en contraste total avec le concert que nous attendons en trépignant depuis des mois, celui de Slaves ! Alors que le duo du Kent avait retourné la Maroquinerie début novembre dernier, nous n’attendions qu’une chose : les revoir. Affrontant tous les dangers, nous nous plaçons au premier rang pour recevoir la foudre de plein fouet. Isaac Holman, torse nu et treillis se place debout derrière ses fûts tandis que son comparse, Laurie Vincent, s’avance goguenard accompagné de sa basse.  Et les coups ne tardent pas à fuser avec Ninety Nine et un tacle bien senti au Brexit. Puis la basse infernale de Live Like An Animal retentit. Dans la fosse, c’est déjà la folie. « I love you more when you’re angry with me, cause you’re so boring when you’re nice », s’époumone ensuite Isaac. En sueur, tout comme le reste d’entre nous, il nous exhorte à prendre notre voisin dans nos bras. Face aux réactions timides, il s’avoue déçu mais réussit tout de même à faire s’enlacer deux vigiles sous les hourras ! Slaves, c’est l’amour vache. Une poignée de nouveaux titres, dont Spit it Out, plus tard et le duo conclut son set avec les imparables Cheer Up London et The Hunter. Nous repartons de la scène Pression Live rincés mais heureux.

Les réjouissances ne sont pas terminées puisque nous retrouvons à présent The Brian Jonestown Massacre sur la scène de l’Industrie. Les rouflaquettes triomphantes et entièrement vêtu de blanc, Anton Newcombe a plus que jamais des allures de gourou. Et ça lui va bien. Son acolyte Joel Gion, toujours fidèle au poste de tambourine man nous gratifie de son inimitable déhanché. Si les BJM se montrent désormais plus sages sur scène, leur musique, elle, n’a rien perdu de sa puissance évocatrice et nous partons loin, très loin dans les recoins les plus psychédéliques de notre cerveau.

Puis, le rock stoner bien lourd et gorgé de testostérone de Clutch vient nous réancrer les pieds fermement dans le sol du Maryland tandis qu’à l’autre bout du site, la grande scène voyait le grand retour des Nord Irlandais de Two Door Cinema Club qui n’avaient plus donné signe de vie depuis deux ans en dépit d’un succès retentissant. Les festivaliers ont pu découvrir les nouveaux titres du groupe et s’en donner à cœur joie sur ses tubes indie rock d’une efficacité sans faille.

C’est à présent l’heure de notre Rendez-Vous tant attendu avec le post punk chauffé à blanc de notre groupe parisien coup de cœur du moment. Alors qu’ils nous avaient laissés extatiques au Point Éphémère début juillet, nous sommes cette fois littéralement en transe à danser comme si personne ne nous regardait, dans notre chambre d’ado. La tente Ile-de France s’est subitement muée en cave de club mancunien des années 80.  Pour reproduire l’expérience chez vous, n’hésitez pas à vous procurer leurs deux EP, parfaits jusqu’au bout des synthés.

Sur la grande scène vont bientôt apparaître les grandes vedettes de cette première journée, The Last Shadow Puppets. En effet, Alex Turner et Miles Kane viennent d’écrire une nouvelle page de leur bromance initiée en 2008, avec un deuxième album, Everything You’ve Come To Expect, aussi inattendu que réussi. Sur scène, un orchestre de cordes ouvre sur le Thème de Camille du Mépris de Godard. Puis le duo arrive, triomphant, avec  Calm Like You, issu de leur premier opus, l’excellent The Age Of The Understatement. Nous avons un plaisir fou à réentendre ses titres en live. La suite du concert est carrée, maîtrisée à la mèche de cheveux gominés près.

Ce manque de spontanéité nous fait finalement nous éloigner avant la fin – et nous fera donc louper leur reprise des Cactus de Dutronc – pour profiter d’une partie du show inspirant, créatif et délicieusement perché de Flavien Berger sur la scène Pression Live avant de rentrer chez nous, satisfaits de cette première journée de festival.

 

Samedi 27 Août

Deuxième journée de festival. C’est une tout autre histoire. Un bouchon immense se forme à l’entrée, nous faisant manquer Kaviar Special ! Tant pis, le sourire reviendra très vite grâce au show flamboyant de Wolfmother sur la Grande scène. La meute australienne livre une performance enthousiasmante, qui nous fera headbanger à chaque morceau en dépit de la chaleur. Cela fait un bien fou !

C’est ensuite au tour des Casseurs Flowters de se démener sur la scène de la Cascade. Nous en profitons pour nous désaltérer avant de retrouver Grand Blanc sur la scène de l’Industrie. Le public est venu très nombreux pour les voir et c’est Camille, dans son bombers rose, qui commence, en chantant de sa douce voix Degré Zéro puis L’Homme Serpent, issus du premier EP du groupe. Le quatuor messin, à présent fort d’un album, Mémoires Vives, a pris du galon. Nous avons vu leurs concerts se muscler et basculer progressivement vers plus d’électro hypnotique. Les nouveaux titres, Disque Sombre, Summer Summer et L’amour Fou témoignent de cette évolution. « Nous sommes des enfants du Punk » lance Benoît, qui a retrouvé sa chevelure peroxydée d’été, « Mais cette chanson est pour les enfants de la techno » annonce-t-il avant de jouer Surprise Party. Le set se referme sur le génial Samedi la Nuit avant que Benoît ne nous encourage à aller voir « ces femmelettes de La Femme. Dites-leur que ce sont des femmelettes, ça leur fera plaisir ». Nous n’y manquerons pas.

Mais tout d’abord, nous allons faire un crochet du côté de la scène Pression Live pour aller voir Papooz. Le duo parisien qui avait rempli La Maroquinerie en mai dernier pour le lancement de leur album Green Juice se présente aujourd’hui en festival. Un cadre idéal pour leur pop tropicool chaloupée, teintée de bossa nova. Ça sent les cocktails à la plage et les longs après-midi d’été passés à se prélasser et à se déhancher au son des guitares et autre violoncelle.

Quand nous retrouvons la scène de la Cascade, La Femme a déjà bien enflammé les foules. Marlon arbore une nouvelle coiffure multicolore et une boucle d’oreille digne des Mille et Une Nuits. Les morceaux de leur nouvel album Mystère, à paraître le 2 septembre, séduisent autant que ceux de son brillant prédécesseur, Psycho Tropical Berlin. Car la force de La Femme réside en grande partie dans sa capacité à transcender ses morceaux touffus en live en leur insufflant une énergie et une folie contagieuse. Marlon, Sacha, Clémence et les autres incarnent des personnages aux répliques faussement candides et souvent provocatrices. Et ils n’hésitent pas à donner de leur personne. D’ailleurs, à l’issue de son ultime stage diving, armé d’un godemichet, Marlon en perdra sa fameuse boucle d’oreille. Sans rancune, le groupe nous donne rendez-vous au Zénith en janvier prochain.

Il est à présent temps de se sustenter ! Nous mangeons en observant au loin les L7 qui envoient du lourd sur la scène de l’Industrie. Les rockeuses survoltées n’ont pas la langue dans leur poche et, entre deux « je t’aime babies », n’hésiteront pas à lancer une pique à ce « vulgaire phénomène de mode » que sont selon elles Edward Sharpe & The Magnetic Zeros qui, alors qu’ils se produisent en même temps qu’elles sur la Grande scène, viendront perturber le show des « vétéranes » du grunge, à cause de balances trop puissantes.

Alors que les talentueux Psychotic Monks se produisent sous la tente Ile-de-France, nous sommes irrésistiblement attirés par le chant des sirènes de Sigur Rós sur la scène de la Cascade. Et c’est un véritable moment de grâce que nous ont offert les Islandais, sublimés et dématérialisés par des visuels hypnotisants.

C’est au tour de Massive Attack d’investir la Grande scène. Le public a ainsi pu assister au retour de Tricky au sein du mythique collectif anglais qui n’a pas été avare en critiques politiques.

Nous décidons de terminer la journée en compagnie de Half Moon Run. Les Canadiens qui nous avaient charmés avec leur folk tribal lumineux ont fait beaucoup de chemin et emprunté des directions très éclectiques entre pop rageuse et ballades romantiques. Les jeunes hommes se cherchent, explorent, déconcertent et réconcilient, et ça leur va très bien !

Nous repartons en entendant au loin la mélodie d’Unfinished Sympathy résonner depuis la Grande scène et cela nous donne des frissons…

 

Dimanche 28 Août

Troisième et dernière journée de festival avec une programmation moins dense (du moins à notre goût) mais encore de très beaux rendez-vous.

Nous commençons par Blues Pills sur la Grande scène. Le groupe de blues rock seventies succède à Kadavar – dont ils assureront la première partie au Trianon le 30 octobre – qui, l’année dernière à la même place, nous avaient fait rugir de plaisir. Portés par la voix puissante d’Elin Larsson, les Suédois n’ont pas la même envergure que leurs collègues allemands mais font preuve d’une belle prestance.

Nous nous dirigeons à présent vers la scène de la Cascade où va jouer l’un de nos artistes préférés de la programmation, Kevin Morby. Le jeune Texan, disciple de Bob Dylan, nous emporte et nous fait vibrer avec son folk rock impeccable, à la fois terrien et raffiné.

La suite du programme nous fait replonger progressivement dans nos jeunes années, tout d’abord avec Editors. Adoré puis peu à peu tombé dans l’oubli, le groupe anglais tente un retour en force et c’est plutôt convainquant. Nous creusons ensuite encore plus loin dans nos premiers délires musicaux avec Sum 41, caution régressive de l’année après The Offspring en 2015. Mais la sauce ne prends plus tellement… Ghinzu en revanche, parvient toujours à nous faire joyeusement danser et chanter en chœur au refrain de Do You Read Me.

Enfin, un des très grands moments de cette édition 2016 est arrivé : le concert d’Iggy Pop ! Et c’est un bonheur absolu de voir l’Iguane se démener comme il n’a jamais cessé de le faire. I Wanna Be Your Dog, The Passenger, Lust For Life… La setlist est démentielle. Il est humainement impossible de ne pas succomber au rock pur et dur d’Iggy dont la voix et le jeu de scène font toujours autant de ravages. Une heureuse élue sera même invitée sur scène à sa demande avant qu’il ne s’éclipse, en route pour de nouvelles aventures.

C’est alors que nous réalisons que nous avons manqué le concert de la douce Aurora. Nous décidons de manger en regardant les festivaliers danser sur Cassius avant de nous mettre en bonne place pour le concert de Foals. Et la bande d’Oxford ne déçoit pas, loin de là. Après le succès de leur premier album Antidotes, le groupe a su se réinventer et surtout asseoir sa réputation de groupe de live. Le show est puissant et réjouissant.

Nous quittons pourtant notre poste afin de pouvoir choper les dernières minutes du concert de la géniale et sulfureuse Peaches. Ce qui nous attend sur la scène Pression live dépasse nos espérances : bougeant au rythme d’un beat irrésistible, un préservatif géant surplombe le public tandis que sur scène des danseurs travestis vêtus de harnais portent une Peaches triomphante en pyramide. A l’issue de ce show délirant nous entendrons autour de nous : « C’était le meilleur concert de ma vie ! » L’expérience est en effet assez inoubliable !

Bilan de cette 14ème édition : si la programmation a pu nous laisser un peu dubitatifs de prime abord (groupes sur le retour, artistes déjà vus lors des précédentes éditions) les concerts de grande qualité qui ont jonché ces trois jours ont confirmé la grande force de ce festival mille fois critiqué mais qui prouve à chaque fois qu’il sait viser juste et qu’il est un tremplin essentiel pour la jeune scène francilienne.

 

Texte : Kirana Chesnel

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