Les sorties de la semaine // 20/10/2014 // BRNS, Baxter Dury, Benjamin Fincher, Oscar & The Wolf, The Rodeo, Schultz & Forever, To Kill A King

brns patine

BRNS – Patine

Après deux EP aussi parfaits que déroutants, les Belges sortent Patine, leur tout premier album. Cette fois, contrairement au précédent EP, uniquement composé par les deux membres fondateurs Antoine et Tim, c’est un travail d’équipe au complet. Un disque qu’ils ont souhaité plus mélodique, moins tribal, comme ils nous l’expliquaient lors de notre rencontre au Point Ephémère cet été. Et c’est bien dommage. Même si les pulsations du bouleversant My Head Is Into You font le lien avec le très tribal Wounded, on regrette les rythmes si particuliers du dernier EP.  « Il fallait être moins évident, lever le pied sur les éléments percussifs. Pousser les harmonies, faire davantage dans la nuance. […] on tatonne, on teste, on coupe, on colle […] on fonctionne aussi beaucoup par accidents » expliquent-t-ils. Loin de la chanson, ils souhaitent jouer sur les silences, les contrastes, les tensions et les détentes. De ce point de vue là, c’est une victoire. L’ambiance sombre et mystérieuse prend aux tripes, les pulsation se mêlent à notre rythme cardiaque, et l’on se laisse encore une fois happer par ce mélange hypnotique de cordes et de percussions. 7/10

Baxter-Dury-Pochette-Its-A-Pleasure

Baxter Dury – It’s a Pleasure

Depuis le succès de son troisième album Happy Soup, il y a trois ans, Baxter Dury ne comprend pas pourquoi le public français l’aime tant. Mais comment ne pas tomber sous le charme de ce maladroit magnifique qui transcende ses moments de loose à travers la musique et des textes à l’humour grinçant, so british. Avec It’s a Pleasure, le fils du punk Ian Dury s’émancipe pour de bon. Si sa musique mélancolique, est d’apparence inoffensive,  elle finit par nous toucher en plein cœur. C’est que derrière les airs de dandy mégalo dont se pare Baxter Dury, une grande sincérité se dégage des chansons de son nouvel album, chroniques de petites catastrophes du quotidien et de désillusions sentimentales. Dury est un faux méchant, qui méprise sa voisine hautaine dans Palm Trees mais désire secrètement lui plaire. Le cocktail détonnant  issu de la nonchalance de Dury assaisonné à la voix sensuelle de Fabienne Debarre de We Were Evergreen se déguste avec un plaisir infini. 9/10

benjamin fincher
Benjamin Fincher
Benjamin Fincher est le projet solo de Jean-Baptiste, compositeur multi-instrumentiste niçois. Il revient avec un second album à l’ambiance mystérieuse et aux lignes électroniques cotonneuses. Sa folk lo-fi est minimaliste. Poétique, sa musique ne l’est pas moins. A l’image de son nom, Kamishibai. Une technique ancestrale de conte japonais, petit théâtre d’images où l’on fait défiler des pages illustrées pour raconter une histoires aux jeunes enfants. Cette identité visuelle forte se ressent également dans l’artwork déroutant, presque dérangeant, de Kamishibai, repris dans le clip en mode body painting de Go Outside. Avec ses percussions et son clavier scintillant, ce morceau a d’ailleurs des allures de bande son d’été ensoleillé. Long Distance se fait plus hypnotique, tandis que la voix aérienne de Jean-Baptiste s’illustre le mieux sur Wide Eyed. Joli. 7/10
 
OSCAR AND THE WOLF - ENTITY
Oscar & The Wolf
 
Pour la création de son projet Oscar And the Wolf, Max Colombie a puisé son imagination dans l’univers cinématographique et pictural (il cite pêle-mêle Lune de Fiel de Roman Polanski, Donnie Darko ou Francis Bacon). Le violon se fait obsédant et inquiétant (Joaquim, Princes) tandis que sa voix sensuelle évolue au fil d’un rythme chaloupé (Undress, Killer You). Le jeune flamand, dont le nom de scène évoquerait « quelque chose de poétique ayant à voir avec la lune » mélange ainsi électro vaporeuse et grooves downtempo et oscille entre techno-pop (Under The Skin) et rnb sensuel. C’est seul, la nuit, dans sa chambre bruxelloise, qu’il a composé son album. Ses morceaux sont hantés par les petites peurs du quotidien et animées par une profonde introspection, à l’image de l’onirique Where Are You. Sombre et romantique, Entity n’en regorge pas moins de pépites dansantes, telles Strange Entity et Somebody Wants You. Il jouera le 29 novembre au Silencio à Paris. 9/10
Schultz & Forever Broadcast Dynamics
Schultz & Forever – Broadcast Dynamics
 
Schultz & Forever est un nouveau venu dans la famille du label indé Cracki Records (Isaac Delusion, L’impératrice).Ce groupe danois est emmené par Jonathan, charismatique leader de seulement 18 ans aux faux-airs de Pete Doherty.Il y a deux ans, c’est à l’initiative du label à l’éléphant que Jonathan se rend à Paris le temps de jouer, d’écrire et d’enregistrer un EP. Toujours tourné vers le folk (At Times) mais évoluant davantage vers des sonorités psyché et vaporeuses à la Connan Mockasin (P.O.V., le très beau Silvia), Schultz & Forever revient avec les cinq excellentes balades qui forment ce deuxième EP. 8/10
the rodeo tale of woe
The Rodeo – Tale of Woe

On avait découvert Dorothée Hannequin, alias The Rodeo, en 2011 avec son premier album Music Malström. Après s’être aventurée à travers le monde et avoir goûté à l’univers du cinéma – notamment aux côtés de Vincent Macaigne pour son Dom Juan – la jeune femme prépare un retour en douceur sur le devant de la scène pop-folk française à travers un nouvel EP, Tale of Woe. Composé de fables attachantes, comme Please Don’t Knock at My Door et Holding You Tight, et de plus surprenantes envolées symphoniques dans Le Fantôme de tes pas ou teintes de jazz de La Nouvelle Orléans dans Suzy Blue, The Rodeo n’a pas fini de nous charmer. On attend avec impatience son deuxième album prévu pour 2015. 7/10

To Kill A King
To Kill A King – Exit, Pursued By A Bear
 
On avait rencontré To Kill A King à Rock en Seine et la magie avait pris instantanément. Après un premier album – Cannibals with Cutlery – et une tournée avec Bastille, les Anglais sont de retour avec un nouvel EP. La voix grave et puissante de Ralph Pelleymounter magnifie un Oh My Love aux chœurs obsédants. Le chanteur et songwriter explique ressentir comme un besoin le fait d’évoquer les petites joies qui habitent malgré elles les moments les plus difficiles de la vie. Comme les aléas de l’existence, les mélodies de To Kill A King sont nuancées, et nous transportent du plus sombre au plus lumineux, sans transition, mais avec une émotion évidente. 8/10
Rédactrices: Kirana Chesnel et Aurélie Tournois

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