Rencontre // Balthazar : « Maintenant on réfléchit moins, on joue avec les tripes ! »

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29 janvier 2016, 18h30. J’ai rendez-vous à la Laiterie de Strasbourg avec Maarten Devoldere, l’un des frontmen du plus grand groupe de rock belge du moment, Balthazar, avant leur concert. Il y a encore des grilles devant la porte ! Après moult péripéties, on me conduit jusqu’aux loges, au premier étage. Maarten vient d’arriver aussi. Il me demande si ça me dérange s’il fume une cigarette, m’offre une petite bouteille d’eau et me raconte son après-midi à la piscine municipale. L’entretien peut commencer, sous l’œil amusé de Michiel Balcaen, le batteur du groupe, qui, pendant ce temps, m’écrit la petite playlist ci-dessous.

Vous venez de sortir Wait Any Longer, un EP où l’on retrouve les quatre singles de Thin Walls, votre dernier album, en version live, dont l’un, Nightclub, a été enregistré lors de votre dernier passage au Bataclan. L’avez-vous choisi en pensant aux attaques de Paris ?

C’est vrai que ce titre live prend maintenant une valeur un peu symbolique mais ce n’est pas la raison pour laquelle nous l’avons sélectionné. On a juste eu la chance d’avoir donné un bon concert ce soir-là et on en était fiers. Mais c’est sûr que quand on a appris ce qui s’était passé au Bataclan le 13 novembre, on a tout de suite repensé au concert qu’on y avait donné et aux personnes qui y étaient.

Vous étiez à l’Olympia il y a deux jours, est-ce que vous avez senti une différence d’ambiance ?

Pas vraiment pendant le concert, il n’y avait pas de tension. Mais après, au stand de merchandising, on a senti que les gens avaient besoin d’en parler. En particulier un gars dont c’était le premier concert depuis celui d’Eagles of Death Metal. Avant le concert, on ne savait pas à quoi s’attendre car les ventes de billets ont brusquement chuté après les attentats. Mais on a été heureux de voir autant de monde venir, célébrer la vie !

Thin Walls se réfère au manque d’intimité que vous vivez en tournée. Est-ce que tout l’album parle de vos expériences sur la route ?

Oui et non. Certes, nous l’avons écrit en tournée mais ce n’est pas un journal de bord. Sinon ça aurait été très ennuyeux et ça n’aurait parlé qu’à d’autres musiciens ! Il parle surtout d’histoires du quotidien, des filles qu’on a laissées derrière nous à la maison… Mais bien sûr nous avons été inspirés par l’atmosphère générale de la tournée. Au-delà du fait qu’on vit dans des hôtels bon marché où les murs sont très fins, Thin Walls reflète aussi le paradoxe entre le moment où tu écris une chanson pour toi, où tu couches des émotions très personnelles sur le papier, et celui où tu les partages avec une foule d’étrangers. « C’est comme du voyeurisme » (en français dans le texte). C’est comme si on pouvait espionner ta vie à travers des murs fins. Une version romancée de ta vie.

Qu’est-ce que vous préférez entre la période de création et la tournée ?

Un mélange des deux ? On tourne tellement qu’on a assez peu de temps pour composer, ce qui peut être un peu dommage. Mais quand on est trop longtemps à la maison on a vite envie de repartir et inversement ! Le live c’est énormément de plaisir mais c’est aussi un peu étrange de recevoir des applaudissements pour quelque chose que tu as accompli il y a parfois plusieurs années. C’est sûr que la partie la plus créative du métier est celle que tu passes en studio. Ce que je préfère finalement, ce n’est pas tant l’écriture que le fait de peaufiner les chansons en studio. Ça, j’adore !

Comment travaillez-vous alors que vous êtes deux auteurs / compositeurs / interprètes sur un parfait pied d’égalité dans le groupe ? Ce n’est pas commun comme situation !

Cela dit on a rien inventé ! Le plus grand groupe du monde, les Beatles, comprenait aussi deux auteurs / compositeurs / interprètes ! En réalité, ça se passe extrêmement bien parce qu’on travaille tous les deux aussi bien sur les textes que sur la composition de nos morceaux, on ne se divise pas les tâches, on s’entraide. C’est devenu assez naturel. Et plus on vieillit, moins on se soucie de problèmes d’ego. Pour nous c’est un luxe d’avoir deux auteurs-compositeurs. En fait, notre bassiste aussi est songwriter ! Mais pour un autre projet, on est déjà trop nombreux dans Balthazar (rires) !

Comment se passe la création d’un album de Balthazar ? Vous réfléchissez d’abord à un concept ou vous écrivez des chansons et les assemblez ensuite ?

En général on écrit plusieurs chansons, mais vraiment beaucoup ! On en a écrit 273 pour Thin Walls. Des démos, pour la plupart très mauvaises. Puis, deux ou trois se détachent. On les travaille un peu plus ; ce sont celles qui définiront le style de l’album et sur lesquelles on alignera les autres. Par exemple, pour notre premier album, Applause, on avait écrit des chansons de plusieurs styles différents, dance, rock… Et un jour, Jinte a débarqué avec Morning, arrangée de manière minimaliste avec une simple batterie et une basse. On a trouvé ça excellent et on a réarrangé toutes les autres chansons sur ce modèle. On s’est tenu à ce concept strict sur tout l’album. Depuis, on a introduit plus de nuances dans nos morceaux. Mais voilà comment on fonctionne.

Quel était le concept de Thin Walls du coup ?

De rester spontané ! Les deux premiers étaient très conceptuels et nous interdisaient toute marge de manœuvre. Il fallait que chaque morceau se plie au style défini initialement, ce qui n’était pas forcément la meilleure option pour certaines chansons. Maintenant on réfléchit moins, on joue avec les tripes !

Pour cet album, vous avez décidé de travailler avec un producteur, Ben Hillier, pour la première fois. Pourquoi ?

Parce qu’on avait déjà produit deux albums nous-mêmes et qu’on a pensé que ce serait intéressant cette fois-ci d’avoir un avis extérieur sur notre travail. Et comme on a bien défini notre style à présent, on n’avait plus peur de le perdre ou de le dénaturer en travaillant avec un producteur. Ben Hillier était un excellent choix parce qu’on aime beaucoup les albums qu’il a produits, comme Think Tank de Blur. C’est le genre de producteur qui essaye de rendre le groupe avec lequel il travaille le meilleur possible sans lui imposer son propre son. On est de très grands fans de Danger Mouse mais tout ce qu’il produit sonne comme du Danger Mouse. Alors que quand Ben Hillier travaille avec Depeche Mode ou Elbow c’est à chaque fois différent. C’est ce dont nous avions besoin. Ça nous a aussi permis de ne pas tomber dans la routine, d’apprendre de nouvelles choses et de ne plus nous soucier de tous les détails techniques. On a pu jouer de façon beaucoup plus spontanée. Thin Walls sonne beaucoup plus « live » que nos albums précédents.

Savez-vous déjà à quoi ressemblera le prochain album ?

Aucune idée. On écrit tout le temps mais on n’a pas encore réfléchi à un concept. On est encore à fond sur Thin Walls. Tout ce qu’on sait c’est qu’on veut se réinventer et ne pas faire un Thin Walls bis. On veut prendre notre temps, se vider l’esprit avant d’entrer à nouveau en studio. Le prochain sera différent c’est sûr, mais on ne sait pas encore en quoi ! Ce sera peut-être du R’n’B (rires) !

La Playlist de Balthazar

Faces On TV – Love / Dead
Tsar B – Escalate
Kamasi Washington – Askim
Arthur Russell – That’s Us / Wild Combination
Nicolas Godin – Bach Off

 

Propos recueillis par Kirana Chesnel // Photographie : Alex Salinas

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