Rencontre // Vance Joy // « Voyager t’aide à devenir une meilleure version de toi-même »

Avant de se consacrer au ukulélé, Vance Joy, de son véritable nom James Keogh, évoluait dans la Victorian Football League en Australie. Après l’université, le jeune homme, originaire de Melbourne, s’envole pour l’Asie. Il en reviendra avec une ribambelle de morceaux et une envie farouche de continuer la musique. A sa sortie, l’excellent Riptide a été le single le plus vendu dans son pays natal en 2013 et est entré directement dans le top 10 des charts anglais. Alors que son premier album au nom poétique Dream Your Life Away sortira la semaine prochaine, et qu’il montera sur la scène du Café de la danse le 7 octobre prochain, nous avons rencontré l’artiste lors d’un après-midi ensoleillé dans un jardin parisien. 
 
 
Pour commencer, pourquoi as-tu choisi Vance Joy comme pseudo?
 
Je l’ai choisi au moment où je commençais à écrire mes premiers morceaux. Je voulais avoir un pseudo afin d’entretenir une sorte de mystère. J’’étais en train de lire un livre australien qui s’appelle Bliss, de Peter Carey. Il y a un personnage dedans qui s’appelle Vance Joy et qui raconte l’histoire. J’adorais la sonorité de ce nom. Au début, je n’y avais pas fait attention, mais quand j’ai commencé à rechercher un nom, j’ai repensé à celui-là.
 
Avec quel instrument de musique as-tu commencé ?
 
J’ai d’abord suivi des leçons de piano quand j’étais à l’école primaire. Mes parents y tenaient beaucoup, mais moi, je n’aimais pas trop lire des partitions, donc je ne faisais que regarder les mains de ma prof et l’imiter. Du coup, elle a dit à mes parents que j’avais une bonne oreille mais que je n’étais pas bon en solfège. En fait, j’en ai fait deux ans avant d’abandonner. Quand j’ai eu 14 ans, j’ai eu vraiment envie de faire de la guitare. Mon père m’en a acheté une et je m’y suis consacré pendant deux ans, avant de me mettre au ukulélé en 2001.
 
Comment choisis-tu de t’accompagner au ukulélé ou à la guitare sur tes morceaux ?
 
D’habitude, j’écris mes morceaux au ukulélé, mais ça dépend. J’ai l’impression parfois que ma voix est faite pour le ukulélé, mais sur certains morceaux, ça ne marche pas car le pincement des cordes est plus naturel à la guitare. En fait, ça dépend vraiment du morceau. C’est lui qui te dicte le feeling que tu dois transmettre. Le ukulélé parfois peut rendre une ambiance triste et mélancolique, mais c’est un instrument avec de multiples possibilités.
 


Le clip de Riptide semble faire référence au cinéma de Wes Anderson, particulièrement avec la fille aux jumelles, la valise, et plus généralement dans la façon de filmer. Il renvoie aussi aux westerns, et puis toi-même tu évoques Michelle Pfeiffer dans les paroles. D’où te vient cet intérêt pour le cinéma?
 
Je vois ce que tu veux dire. Ce clip est très spécial. Le gars qui l’a réalisé, Dimitri Basil, est en toute évidence un amoureux du cinéma. Moi aussi, j’adore ça. Ce clip, c’est un peu l’idée d’un cowboy souhaitant échapper à soi-même. Il est inspiré par  Midnight Cowboy (Macadam Cowboy en version française, ndlr), un film avec John Voight et Dustin Hoffman. C’est un des plus beaux films que j’ai vus depuis longtemps. Riptide est un morceau assez enjoué, empreint d’une sorte de bizarrerie. Dimitri a instauré une certaine excentricité qui peut faire penser au style de Wes Anderson.
 
Tu as appelé ton EP God Loves You When You’re Dancing. C’est ton but, de faire danser les gens?
 
Si tu peux arriver à faire danser les gens, c’est le meilleur sentiment que tu puisses ressentir! Parce que, pour moi, des gens qui dansent, ça veut dire qu’ils s’amusent. Je crois que c’est ce que te procure la musique si c’est une bonne chanson. Même si il y a de très bons morceaux qui ne font pas danser… Mais quand tu écoutes de la musique, c’est comme si tu mettais un son dans de l’eau et que l’eau commençait à faire des bulles. Distiller du son dans le corps de quelqu’un et le faire vibrer, danser. Je crois que c’est quelque chose de très naturel de danser. C’est pas forcément toujours le but recherché quand tu écoutes un truc, mais c’est cool quand ça arrive.

« Après mon voyage en Asie, j’ai vécu mon retour comme une renaissance »

 
Ta musique est un énorme succès, plutôt soudain. C’est difficile à gérer?
 
Je continue d’apprendre tous les jours. On n’est jamais prêt pour une telle étape mais tu dois juste l’affronter. Je n’imaginais pas combien ce serait prenant et combien je serai occupé, mais en dehors du boulot ma vie n’a pas tellement changé, j’ ai toujours les mêmes amis, c’est toujours un challenge. Par contre, c’est vrai que tu t’habitues à voyager… J’ai de la chance d’être occupé ! Je suis reconnaissant pour tout ça.
 
Comment appréhendes-tu la sortie de ton premier album?
 
Ma vie entière est consumée par la tournée et la composition de cette album. J’ai hâte qu’il sorte! Je pense qu’il est assez similaire à pas mal des morceaux de mon EP. C’est une progression, il y aura deux ou trois différences. La production devrait être plus affinée. 
 
 
From Afar est une chanson assez dure, dans laquelle tu exprimes le ressentiment dû à la trahison et la solitude. Par quoi a-t-elle été inspirée?
 
L’histoire de cette chanson, c’est que tu es amoureux de quelqu’un et que tu ne peux pas l’avoir. Tu l’aimes à distance. Je pense que c’est une histoire à laquelle les gens peuvent s’identifier car c’est déjà arrivé à tout le monde d’éprouver des sentiments non réciproques ou que les circonstances ne permettent pas que cette relation se concrétise. Je pense que tu mets un peu de ta propre expérience, tu pars de ce sentiment réel et tu crées autre chose. Ce n’est pas si biographique, même si en quelque sorte j’ai souhaité exprimé un sentiment de tristesse. Tout a commencé avec un sentiment.
 
Tu as voyagé  en Inde et dans le sud de l’Asie après l’université. Est-ce que c’était un besoin pour toi d’échapper à ta vie ou bien juste de voyager?

Comme beaucoup de jeunes qui terminent leurs études, j’avais envie de voyager après avoir fini l’université. Je voulais partir pour m’amuser et prendre un peu l’air. Juste avant de partir, j’étais footballeur, et je commençais à en avoir un peu marre.  Je venais d’écrire une chanson qui m’avait fait prendre conscience que je pouvais être un songwriter et m’a fait croire en moi. Je suis donc parti avec une bonne chanson, ou en tout cas une chanson convenable, et j’ai voyagé pendant trois mois. Je suis allé en Inde, puis en Asie. En Thaïlande, au Cambodge… C’était une bonne transition entre mon départ, où j’étais plein de doutes, et mon retour, que j’ai vécu comme une renaissance, avec ce désir de continuer à écrire.
 
C’était avec quel morceau que tu es parti ?
 
C’est un morceau qui ne figure pas sur l’EP mais qui sera sur l’album. Winds Of Change. J’en suis assez fier, j’ai hâte de faire écouter ce morceau aux gens.
 
Tu dis que ça a été une renaissance pour toi. Est-ce que tes voyages t’ont transformé?
 
Oui, je pense, surtout parce que c’était vraiment une grande rupture avec ma vie d’avant. Mais bon, je suis revenu à mon ancienne routine en revenant. Donc je pense que c’était surtout une bonne expérience. L’université c’était bien pour essayer de socialiser plus et apprendre des choses. Et voyager, c’était davantage un rite de passage qui m’a permis de grandir  et de devenir plus indépendant. Je pense que voyager t’aide à devenir une meilleure version de toi-même. Tu vois beaucoup de choses et tu passes le meilleur moment de ta vie.
 
On peut voir dans le clip de Play With Fire ou celui de Riptide ton amour pour le voyage. Pour composer aussi, tu as besoin d’être sur la route, de partir ?
 
Oui, écrire des chansons, c’est quelque chose de difficile. C’est toujours un mystère pour moi, de réunir les bons ingrédients pour écrire un morceau. Je pense qu’être sur la route est une bonne inspiration, mais finalement je suis toujours un peu sur la route… J’avais réussi à me créer une bulle temporelle lors de l’écriture des morceaux de mon EP. J’étais chez moi, je me sentais libre, en toute innocence, avec aucune attente. Et c’est vrai que lorsque je suis sur la route, c’est difficile de créer cette même bulle. Tu dois juste t’adapter et essayer de bosser.
 


Tu viens juste de terminer ta tournée américaine. Comment cela s’est-il passé?
 
Très bien! On a assuré la première partie de Young The Giant, un groupe de soft rock. Je ressens un plaisir à venir tourner en Europe car Bruxelles, Amsterdam, Paris ou Berlin c’est tellement différent de Melbourne, des Etats-Unis… L’Australie et les Etats-Unis sont plus similaires. En Amérique il y a tellement de territoire à couvrir, tu ne fais que conduire sur de grandes autoroutes. Tu pourrais jouer tous les jours sans même jouer partout pendant un an. Je préfère tourner en Europe, je trouve ça plus relax… Je n’ai pas encore beaucoup joué en Europe. Mais quand on a été à Berlin, c’était génial!
 
L’an dernier tu as ouvert pour Julia Stone. Est-ce que tu aimerais jouer avec elle ?

Oui! En fait, j’ai déjà joué avec elle. Elle m’a demandé de l’accompagner à la guitare sur Santa Monica Dream. C’est un morceau qu’elle fait d’habitude avec son frère. Elle m’a demandé si je pouvais jouer la partie d’Angus. Et sur trois ou quatre soirées je suis venu, j’ai pris une guitare électrique et on a joué ensemble. C’était chouette. Elle est très talentueuse, c’est une grande artiste, j’aime son style créatif. C’est une belle personne, avec une belle énergie.
 
 
 
 

 

La Playlist de Vance Joy
 
Bob Dylan – Time Passes Slowly
Emma Louise – Stainache
 
 
Propos recueillis par Aurélie Tournois // Photographe: Emmanuel Gond

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