Rencontre // I’m From Barcelona

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« I’m gonna sing a song with all of my friends and we’re I’m From Barcelona ! » En 2005, les paroles de ce tube surprise ont probablement tourné en boucle dans votre tête. Véritable machine à générer la joie de vivre, le groupe suédois – comme son nom ne l’indique pas- a depuis enchaîné les tournées à travers le monde. En un éclair, dix années se sont écoulées mais c’est comme si la fête ne faisait que commencer. Depuis lundi, la France peut enfin découvrir leur quatrième rejeton on ne peut plus addictif: Growing Up Is For Trees. Rencontre avec deux artistes qui ont refusé de trahir leur âme d’enfant : Emanuel Lundgren et Frida Öhnell, membres fondateurs du groupe.

 

Votre histoire est assez extraordinaire car I’m From Barcelona ne devait être qu’un projet éphémère à la base et cela fait maintenant dix ans que vous existez ! Est-ce que l’un de vous s’était imaginé qu’une telle chose soit possible ?

Emanuel Lundgren : Non, et je pense que si quelqu’un m’avait prédit cela j’aurais eu très peur ! Je me suis lancé dans ce projet avec la seule intention de passer l’été à enregistrer des chansons parce que j’adore ça. J’ai écrit des chansons et invité toutes les personnes que j’aimais à y participer sans jamais penser qu’on partirait en tournée ou qu’on entendrait nos chansons à la radio un jour. Je voulais simplement m’amuser et c’est devenu complètement fou!

I’m From Barcelona est également un groupe hors-norme de par le nombre de ses membres. Vous avez été jusqu’à près de trente musiciens, puis ce chiffre a progressivement baissé quasiment de moitié. Comment avez-vous géré ces fluctuations et à quoi ressemble le groupe aujourd’hui?

Frida Öhnell : La plupart des bus de tournée n’ont que seize lits, alors quand on part en tournée on ne peut pas être plus nombreux que ça. Mais ça n’a jamais vraiment posé de problème de décider de qui partirait ou pas, car certains n’aiment pas forcément vivre sur la route et beaucoup d’entre nous ont des enfants aujourd’hui donc ça devient plus compliqué pour eux de partir. La plupart du temps on est un noyau dur, certains nous rejoignent occasionnellement et d’autres sont là en remplacement.

E.L. : Le noyau de base du groupe est le même que celui de ce fameux été. Mais tellement de choses se sont passées en dix ans qu’en ce sens on peut dire que nous ne sommes plus tout à fait les mêmes. On est plus vieux et plus ridés ! (Rires)

Quatre ans ce sont écoulés entre votre nouvel album et le précédent. Que s’est-il passé entre temps ?

F.O. : Eh bien, à part Emanuel qui est le seul musicien de profession, on a tous un autre emploi, alors on a dû se remettre au travail! Et Emanuel de son côté a continué à écrire énormément de chansons !

E.L. : La période des trois premiers albums a été très intense, du coup j’ai également éprouvé le besoin de prendre du recul sur ce qu’on faisait. Je me suis demandé s’il fallait vraiment qu’on fasse un quatrième album et si les autres membres du groupe étaient toujours aussi motivés… Mais je me suis naturellement remis à écrire des chansons et… Vous connaissez la suite !

Quel a été l’élément déclencheur de ce nouvel album alors? Qu’est-ce qui t’a finalement convaincu de poursuivre l’aventure ?

E.L. : Tout simplement le fait que les chansons venaient toutes seules et que les autres membres du groupe n’arrêtaient pas de me demander de les leur jouer. J’ai senti alors qu’ils avaient encore l’énergie et le désir de continuer. En fait, quand on a commencé à faire des albums je m’étais dit qu’on en ferait trois maximum. Et une fois que c’était fait, je me suis senti un peu confus parce que je continuais à écrire des chansons pour le groupe. Ça n’avait plus de sens de s’arrêter en si bon chemin. Mais au final cette pause a été bénéfique. Elle nous a permis de ne pas agir bêtement et machinalement et de repartir de plus belle !

Est-ce que le titre de ce nouvel album, Growing Up Is For Trees, est représentatif de ce que tu es ? De ce que tu penses ?

E.L. : Tu peux poser la question à Frida, elle vit avec moi ! (Rires)

F.O. : C’est vrai qu’il n’a pas envie de grandir !

E.L. : Quand on a commencé, presqu’aucun de nous n’avait d’enfants. En dix ans, nos vies ont tellement changé, soudainement on est devenu des adultes, avec une maison, des enfants… J’ai vu tous mes amis grandir et ça a été le sujet de mes chansons depuis le début. Le premier album parlait d’une période particulière de mon enfance, quand j’avais entre cinq et dix ans. Et j’aime aussi beaucoup regarder des films qui traitent du passage de l’enfance à l’âge adulte.

Est-ce que vous pourriez me décrire à quoi ressemble une journée dans la vie d’ I’m From Barcelona ?

E.L. : Je pense qu’il faudrait décrire 27 journées différentes ! Parce que dans le groupe il y a des instituteurs, un concierge, un designer, des architectes… On a chacun des vies très différentes quand on n’est pas en tournée ensemble !

F.O.: Mais tes journées sont assez similaires, non ?

E.L. : Ouais… Ça me rappelle que, quand j’étais adolescent, j’avais vu un documentaire sur Nick Cave où on le voyait se rendre tous les matins dans un bureau où se trouvait un piano pour composer, puis rentrer chez lui tous les soirs après sa journée de travail. Et je m’étais dit que j’essaierai de faire pareil un jour. D’une certaine façon c’est ce que je fais aujourd’hui : je reste attentif aux chansons que j’ai en tête, je m’assois et j’écoute ! Parfois ça marche ! (Rires) Mais là on prévoit de faire des répétitions, ce qui est toute une organisation parce qu’on ne vit pas tous dans la même ville. C’est même parfois difficile de se mettre au travail parce qu’on en profite pour rattraper le temps perdu et se raconter tout ce qu’on a fait ces derniers mois…

Dans quelles conditions avez-vous enregistré cet album ? Vous avez attendu d’être tous réunis ?

E.L. : Oui, comme pour l’album précédent, on l’a enregistré en live mais, pour la première fois, le studio dans lequel on travaille d’habitude a déplacé son matériel dans notre local de répétition, qui, après toutes les soirées qu’on y a faites, est en quelque sorte devenu notre salon en fait! Donc c’étaient des conditions très confortables et on oubliait parfois qu’on étaient enregistrés parce que l’ingénieur du son se trouvait dans une autre pièce, sans vitre. J’ai trouvé ça très positif parce que ça nous a tous fait jouer de manière plus détendue et ludique. En plus ça nous a obligé à faire beaucoup de répétitions tous ensemble, ce qui fait qu’une fois sur scène, on connaît déjà parfaitement les morceaux.

La dernière chanson de l’album, Summer Skies, finit sur une note très psychédélique. On n’était pas habitué à ce style de votre part et c’est très réussi ! Est-ce que c’est une direction que vous avez envie d’explorer ?

E.L. : Je crois que cette chanson est un parfait exemple de la façon dont nous avons travaillé sur cet album. Parce que toute cette dernière partie, où le batteur se remet à jouer, n’était pas prévue. C’est quelque chose qu’on a l’habitude de faire pendant les répétitions, continuer en impro une fois la chanson terminée. Mais c’est la première fois qu’on a continué à enregistrer ce moment. Et il reflète en effet la musique psychédélique que j’ai beaucoup écoutée ces deux dernières années. Alors je ne sais pas, peut-être qu’on va continuer dans cette voie là… Il me semble d’ailleurs que la dernière chanson d’un album annonce parfois la couleur du prochain… Je ne sais pas encore ! (Rires)

Les groupes suédois sont absolument partout aujourd’hui et c’est une très bonne chose ! Mais savez-vous pourquoi votre pays est si prolifique, musicalement parlant ?

E.L.: On me pose souvent cette question, et je sais que je ne suis pas le seul chanteur suédois à qui ça arrive ! Ce n’est pas facile d’y répondre, mais je pense que c’est parce que l’enseignement de la musique en Suède est vraiment bon ! A l’école, tous les enfants doivent apprendre à jouer d’un instrument… Il y a aussi beaucoup de facilité à trouver des locaux de répétition en Suède, on peut même avoir une aide de l’Etat pour ça. On est vraiment très encouragé à faire de la musique !

F.O. : Ce qui est très intéressant aussi dans la nouvelle scène suédoise, c’est que les filles sont très nombreuses ! Depuis une dizaine d’années il existe des camps de vacances de musique pour les filles, les « Pop Colos ». Ça a encouragé beaucoup de jeunes filles à créer leur propre groupe et ça les a aidées à se dire qu’elles en étaient tout aussi capables que les garçons !

 

La Playlist d’I’m From Barcelona:

Nils Frahm – Says
Amason – Went To War
Hello Saferide – The Monkeys
Robert Wyatt – Sea Song
Björk – Black Lake

I’m From Barcelona sera le 4 mai 2015 à Lyon, le 5 à Bordeaux, le 6 à Paris et le 7 à Tourcoing.

Propos recueillis par Kirana Chesnel // Photographe: Jacques de Rougé

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